«On est comme on naît» (25)
1 novembre 2017
Najib Rfaif (572 articles)
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«On est comme on naît» (25)

je rêvais. un jour j’avais écrit cette note naïve perdue et retrouvée dans un petit carnet tout écorné aujourd’hui, et je demande pardon de me citer, mais ce n’est pas grand-chose:«mettre de la poésie en toute chose ; et faire d’un fait divers une belle prose. non, ce n’est ni du baudelaire, ni du verlaine. elles ne sont que de moi ces lignes vaines…»

«On est ce qu’on est», dit-on lorsqu’on renonce à changer de comportement ou de vision sur les choses de la vie. Mais j’aime encore plus la pirouette de Frédéric Dard, le père de San Antonio, qui écrivait sous forme de paronyme : «On est comme on naît».

Chaque fois que je m’apprête à reprendre et poursuivre l’écriture de ce récit «feuilletonnant» sur un certain passé plus ou moins incertain—et ce depuis plus de cinq mois maintenant–je me demande si je ne pourrais pas changer d’angle, revenir à quelques documents, consulter des archives, demander des avis… Bref, m’organiser comme on dit, et donc changer de méthode de travailler, c’est-à-dire écrire sous la tutelle de la fameuse objectivité que le métier de journaliste comme celui de l’historien exigent de leurs pratiquants. Mais je suis né têtu. C’est ce que mes parents m’ont toujours dit. Je suis totalement désorganisé dans ma façon de travailler et quelquefois celle de vivre. C’est ce que certains de mes proches me reprochent affectueusement parfois. Est-ce la preuve donc, qu’«on est comme on naît». ? Pourtant, mais en vain, je me suis fait violence une fois. Peut-être pour contredire mes parents (qui, paix à leur âme ! n’en ont plus rien à faire là où ils sont) et par ailleurs pour me faire bien voir de mes proches (qui attendent toujours…) On ne se refait pas. De plus, je ne suis plus journaliste au sens «professionnel» du mot. La preuve : ma carte de presse portant le numéro 78 me fait passer aujourd’hui pour un dinosaure au point que, sur celle qui m’a été octroyée pour l’année 2017, on a écrit à la mention statut: «Journaliste d’honneur». C’est trop d’honneur ! Mais, dites-moi votre honneur ! Qu’est-ce qu’un journaliste d’honneur ? Je ne suis plus un journaliste «professionnel» donc, mais encore moins un historien. Ni officiel, ni officieux, ni commis d’office. En simple chroniqueur, j’écris un récit, je passe en revue et j’évoque au gré de mes souvenances, mémoire en bandoulière et mains dans des poches trouées. Je parle d’un temps passé et d’un autre qui passe. Une brève histoire d’un passé composé… J’avais pourtant tracé un plan, pris quelques notes pour ne pas oublier, pour ne pas m’embrouiller et afin de rester fidèle à une certaine chronologie. Peine perdue. Toujours ce désordre dans les idées lorsque l’acte d’écrire vous prend avec autorité par la main. Et toujours cette sélection involontaire des souvenirs dictée par le hasard et les aléas de la «serendipité», ce fruit du fortuit et de l’inattendu qui débouche sur ce qu’on ne cherchait pas ou de trouver ce qu’on ignorait…

Parlant d’un de ses ouvrages où il y avait des éléments et indices autobiographiques, la romancière américaine Joyce Carol Oates a dit : «Le lecteur ne doit pas s’attendre à des révélations entières d’une vie, mais doit comprendre que, comme les œuvres de fiction et de la poésie, ce genre de récit doit être extrêmement sélectif». Toute mémoire est sélective par la force et le poids des choses de la vie qu’elle enferme. Mais je n’oublie pas ceux qui m’ont un jour tendu la main pour me relever lorsque j’ai trébuché, ceux qui m’ont donné un livre à lire lorsque je m’ennuyais, un verre à boire, un canapé pour dormir ou un fil d’espoir pour m’agripper… Au début et pendant près de deux ans, le métier que je n’avais pas choisi, d’abord parce qu’il n’en était pas un, ne me nourrissait pas tous les jours. J’ai longtemps squatté chez des amis pas plus fortunés que moi mais pourvus d’un logis où je rentrai le soir sur la pointe des pieds, toute honte bue. Mais était-ce seulement de la honte ? Rassurez-vous, je n’irais pas plus loin dans cet inventaire miséreux à la Prévert. La vérité est que je n’étais pas plus malheureux que l’étudiant que j’étais, «monté» à Rabat cinq ans plutôt, sans argent et sans perspectives d’avenir. Au moins là j’avais un boulot à défaut d’avoir un métier. J’alignais des mots et on me payait pour ça. Je me payais de mots. Passant d’un fait divers à un fait de culture, je me laissais remplir de mots comme on remplit une jarre. Je me formais. Et ce faisant, j’essayais de mettre, tant qu’à faire, un peu de douceur dans les choses de ma vie, saupoudrant du culturel sur des écrits «alimentaires» d’une platitude accablante. Je rêvais. Un jour j’avais écrit cette note naïve perdue et retrouvée dans un petit carnet tout écorné aujourd’hui, et je demande pardon de me citer, mais ce n’est pas grand-chose : «Mettre de la poésie en toute chose ; et faire d’un fait divers une belle prose. Non, ce n’est ni du Baudelaire, ni du Verlaine. Elles ne sont que de moi ces lignes vaines…».

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