Liberté d’informer et présomption d’innocence: un équilibre pas toujours respecté
20 mars 2018
Fadel Boucetta (401 articles)
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Liberté d’informer et présomption d’innocence: un équilibre pas toujours respecté

chaque prévenu bénéficie de la présomption d’innocence, et donc, n’est pas encore vraiment coupable au moment de son procès. Certes, si l’on en arrive au tribunal, c’est que les faits, crimes ou délits qui lui sont reprochés, sont étayés par un certain nombre d’éléments, de preuves, et basés sur des enquêtes souvent assez méticuleuses… Mais cette présomption d’innocence n’est pas très respectée dans les faits.

Ces derniers temps l’actualité judiciaire a été très dense, que ce soit en France ou au Maroc. Diverses personnalités ont été poursuivies pour pratiquement les mêmes délits… mais leurs dossiers n’ont pas toujours connu un destin similaire. A ce propos, il conviendrait de rappeler, d’une manière générale, quelques principes de droit, inaliénables, qui gagneraient à être mieux respectés. D’abord, il faut souligner que chaque prévenu bénéficie de la présomption d’innocence, et donc, n’est pas encore vraiment coupable au moment de son procès. Certes, si l’on en arrive au tribunal, c’est que les faits, crimes ou délits qui lui sont reprochés, sont étayés par un certain nombre d’éléments, de preuves, et basés sur des enquêtes souvent assez méticuleuses. Nos policiers et gendarmes savent y faire, pour résoudre les affaires les plus complexes, et dénouer les fils les plus enchevêtrés. Mais cette présomption d’innocence n’est pas très respectée dans les faits. On ne parle pas des juges: eux, ce sont des professionnels, qui jugent sur dossiers, après analyse des faits et audition des prévenus, témoins et autres protagonistes. Par contre, pour ce qui est des médias, nombre de transgressions ont été remarquées, qui, elles, écornent ce principe. En effet, une affaire importante attire la presse, car en général, cela fait augmenter les tirages, donc les ventes, et donc les bénéfices. Et du coup, on retrouve dans les colonnes des journaux moult et moult articles dédiés à l’affaire du jour, chacun y allant de son commentaire et de son opinion. Là, se heurtent, s’opposent et s’affrontent deux notions : la présomption d’innocence d’un côté, la liberté d’informer de l’autre… avec quand même, au milieu, le droit de chacun à disposer de son image. Par exemple, lors d’un procès en assises, les accusés arrivent menottés en salle d’audience. Nullement par souci de rabaisser ou d’humilier le prévenu, mais tout simplement, car les choses évoluant au fil des années, les évasions (ou tentatives) se faisant plus nombreuses, les responsables de la sécurité ont décidé que le prévenu resterait menotté jusqu’à son arrivée dans la salle du procès et le box qui lui est dévolu.

Question : pourquoi les magistrats marocains tolèrent-ils, en tout début d’audience, la présence de photographes et de caméras, dont le souci principal est de photographier (ou filmer) le prévenu dans son box ? Ce dernier, à cet instant précis, n’est en général pas au mieux de sa forme ; sortant de 48 heures de garde-à-vue, d’une hygiène douteuse, dans des vêtements froissés, et dans un état de stress total, l’image présentée n’est pas la meilleure qu’il puisse donner de lui. Et pourtant, c’est cette image qui sera reproduite le lendemain dans la presse, montrant l’image d’un individu mal rasé, pâle et négligemment vêtu…image qui, inconsciemment, accréditera l’idée chez le public que pareil individu ne peut être que coupable des faits qu’on lui reproche. Notre pratique, à ce sujet, devrait donc être revue et corrigée. Comme cela se fait ailleurs, l’accès aux salles d’audience doit être plus sévèrement encadré. Oui à une saine publicité des débats, car c’est une garantie de justice sereine ; mais non à un certain voyeurisme déplacé et malsain. Je ne sais si cela existe au Maroc, mais en France, les journalistes sont spécialisés: qui dans le sport cycliste, qui dans le cinéma et d’autres dans le monde judiciaire. Ils connaissent par cœur les étapes du déroulement d’un grand procès, n’ignorent rien des arcanes d’un tribunal et sont de grands connaisseurs des lois et autres législations en vigueur. C’est tout juste s’ils jettent un regard au prévenu. Ils se font tout petits, très discrets, …et c’est là le vrai secret pour se retrouver au cœur des débats, et pouvoir en assumer le commentaire et le suivi d’une manière propre à satisfaire les deux principes évoqués : liberté d’informer et droit à l’image.

Espérons donc qu’à l’avenir, et l’expérience aidant, une meilleure gestion de tous ces paramètres s’impose dans nos prétoires. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, dit le dicton : idem pour les métiers de l’information, qui d’ores et déjà apprécient d’être présents lors des grands procès, sans autres entraves que la limite des places disponibles.

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