L’homme, un loup pour l’homme ?
2 septembre 2008
Hind Taarji (537 articles)
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L’homme, un loup pour l’homme ?

Aujourd’hui, dans le domaine amoureux
comme dans celui de la vie sociale, les qualités humaines
ont tendance à  passer au second plan par rapport
à  d’autres critères tels l’argent, le statut social,
la réussite professionnelle ou, plus problématique
encore, cette aptitude à  la roublardise
que l’on désigne sous le nom de «tahramit».

Au cours de ces vacances, une discussion avec un mien ami m’a beaucoup travaillée. Elle ne se rapportait pas à l’actualité,  peu suivie par besoin de décrochage, mais à une question de personnalité humaine. Cet ami, dont le mariage, après vingt-cinq ans de vie commune, venait de se solder par un divorce, me disait sa conviction que l’homme était vraiment un loup pour l’homme.

Face à cette affirmation péremptoire, je répondis cette chose banale, à savoir que le bien et le mal existent à part égale dans le monde et que ce sont les circonstances de la vie qui font que l’un parfois l’emporte sur l’autre. Que chacun d’entre nous est fait d’ombre et de lumière et que rien n’est jamais ni tout à fait blanc ni tout à fait noir. Et de lui rappeler l’existence de ces êtres formidables, pétris de bonté et de générosité, qui ne cessent, à longueur de temps, de donner d’eux-mêmes et de se mettre au service des autres.

Ces personnes sont, ai-je conclu, la preuve vivante que l’homme n’est pas toujours, et systématiquement, «un loup pour l’homme». D’accord, me rétorqua-t-il, tu as raison, de tels gens existent mais ils sont l’exception qui confirme la règle. De plus, et c’est là que le bât blesse, ce ne sont pas eux qui nous attirent et nous séduisent le plus. On va les trouver formidables, être pleins d’admiration pour leur gentillesse et leur dévouement mais, au bout du compte, ils finissent par nous ennuyer. Est-ce parce que, face à eux, on se sent petit et mesquin ? Toujours est-il que ce ne sont pas eux qui vont nous retenir et avec lesquels nous voudrons  vivre.

Le contraire est plus vrai. Ainsi, pour ce qui est de l’homme, par exemple, le côté «garce» d’une femme est souvent hautement attractif. Tout en sentant le danger qu’il y a à se lier avec ce type de personne, c’est vers elle qu’il aura tendance à aller. Idem dans l’autre sens. Vous, la gente féminine, allez préférer le hâbleur et le «rouleur de mécaniques» au gars gentil et «qui ne la ramène pas». En fait, c’est comme si, en chacun de nous, il existait une propension à l’autodestruction qui le pousse à aller sciemment vers ce qui, à terme, va finir par le brûler. Voilà pourquoi, au bout du compte, on se retrouve à s’entredévorer les uns les autres, donnant sa force à l’affirmation qui pose l’homme comme «un loup pour l’homme».

Les arguments avancés ne sont pas sans pertinence. Ce que l’on voit autour de soi peut aisément conduire à ce type de conclusion. Mais si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’il y a là une confusion entre deux registres. L’un, en effet, se rapporte au jeu d’équilibre permanent entre le bien et le mal, l’autre au mystère de l’alchimie fondant la rencontre amoureuse. Or, si les deux se retrouvent parfois liés, on ne peut pour autant faire de leur superposition le fondement de l’assertion précitée.

La question philosophique de la séduction du mal a de tout temps hanté la conscience de l’humanité. Si Satan (ou la figure personnifiant le mal) se présente dans toutes les cultures comme éminemment dangereux, c’est bien, que l’on sache, en raison de sa puissance séductrice. On touche à travers cette problématique à la complexité profonde de la psyché humaine.

Quant à ce qui va faire que telle personne va nous attirer plus qu’une autre, les causes sont à chercher dans l’histoire personnelle de chacun. Au-delà des affinités qui donnent une explication rationnelle au rapprochement de deux êtres, les névroses dont chacun de nous est porteur jouent également leur rôle dans «la prise de la mayonnaise». Maintenant, certaines névroses relèvent d’une pathologie plus lourde que d’autres. En outre, à côté des névroses individuelles, il y a également ce qui peut relever d’une névrose collective.

C’est sans doute à ce niveau que se trouvent les facteurs explicatifs de la valorisation de certains traits de caractère au détriment d’autres. Aujourd’hui, en effet, dans le domaine amoureux comme dans celui de la vie sociale d’une manière générale, les qualités humaines ont tendance à passer au second plan par rapport à d’autres critères tels l’argent, le statut social, la réussite professionnelle ou, plus problématique encore, cette aptitude à la roublardise que l’on désigne sous le nom de «tahramit».

A la Bourse des valeurs du temps présent, la cote des «hrami» et des «hramiyate» connaît une hausse sans précédent au moment où les autres, les personnalités intègres, bonnes et généreuses sont en chute libre. D’où cette impression de plus en plus forte d’être dans un monde où l’homme, plus que jamais, est un loup pour l’homme. Tout, cependant, reste une question de tendance. Or, les tendances s’inversent. On revient à ce qu’une société entend être et à ce qu’elle inculque à ses membres. Et donc, à cette chose fondamentalement importante qui s’appelle l’éducationn.

   

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