Les enjeux de la politique économique
13 mai 2013
Jaidi Larabi (560 articles)
0 Commentaire
Partager

Les enjeux de la politique économique

L’outil budgétaire étant sous contrainte, la politique monétaire devrait mieux agir pour soutenir la croissance. Les prévisions tablent sur un taux d’inflation dans la moyenne des précédentes années grà¢ce à  un ralentissement du rythme d’augmentation du prix du pétrole.

Nous sommes dans une situation de crise. Comment désigner autrement une conjoncture où les déficits jumeaux atteignent la cote d’alerte. Les comptes extérieurs de l’Etat ne sont pas en bonne santé. Crise internationale et perte de compétitivité rendent la viabilité des balances extérieures difficilement viable. La dette publique a certes augmenté mais, rapportée au PIB, elle reste encore soutenable. Heureusement que nous allons bénéficier d’une année agricole exceptionnelle et d’une efficace stratégie de développement des ressources phosphatières.

La sortie de crise ne réside pas seulement dans des ajustements budgétaires -aussi nécessaires soient-ils à court terme- mais dans un plan de réformes qui mobilise tous les leviers d’une politique de croissance-développement. Même un plan de relance ne suffira pas à donner une visibilité de moyen et long terme. Le plan de relance des années 2008-2010 n’a pas suffi à enrayer la spirale de la crise et encore moins à soutenir un redémarrage pérenne de l’économie. C’est que notre économie reste vulnérable aux chocs et n’a pas gagné en souplesse d’adaptation à la conjoncture internationale. Ses structures, les comportements de ses agents souffrent encore de nombreuses rigidités.

La faiblesse traditionnelle des exportations de biens manufacturés semble imputable à des facteurs structurels. La position extérieure du Maroc est en-dessous de celle de ses principaux concurrents. La composition géographique et sectorielle du commerce n’est qu’un des aspects du problème. Son taux de change effectif réel s’est peu modifié et le niveau de change est considéré comme étant globalement cohérent avec les fondamentaux. Les rigidités structurelles sur les marchés des biens et services sont les principaux responsables, puisqu’elles ont réduit la capacité de l’économie à s’ajuster rapidement à la situation des partenaires commerciaux.

L’outil budgétaire étant sous contrainte, la politique monétaire devrait mieux agir pour soutenir la croissance. Les prévisions tablent sur un taux d’inflation dans la moyenne des précédentes années grâce à un ralentissement du rythme d’augmentation du prix du pétrole. A l’inverse, l’inflation sous-jaccente devrait tendre à augmenter progressivement. Les facteurs qui tireraient l’inflation vers le haut seraient la décompensation et d’éventuelles augmentations discrétionnaires du salaire minimum, tandis que de nouvelles réformes structurelles pourraient tendre à la freiner. Les conditions monétaires doivent rester accommodantes et les hausses du taux d’intérêt réel doivent être évitées pour pallier tout effet négatif sur l’investissement privé. C’est à cette condition que la rigueur budgétaire n’aura qu’un impact limité sur la croissance. Le secteur financier est stable, sous le contrôle scrupuleux des régulateurs, qui suivent tous les risques susceptibles de l’affecter. Du fait de nouvelles normes comptables, les créances douteuses et les provisions pour risques sont aujourd’hui à des niveaux soutenables, mais susceptibles d’augmenter. Cela ne remettra pas en cause la santé globale du secteur financier. Il est possible d’accroître la contribution du secteur à la croissance notamment à l’adresse de la PME/PMI.

Il est évidemment conseillé de continuer à assainir les finances publiques. Ce sont les réformes des retraites, de la Caisse de compensation qui ne progressent pas. Le plus grand défi désormais est de convaincre l’opinion publique des avantages que peuvent apporter une réduction des dépenses de subventions et des mesures radicales et de nouvelles réformes sur les marchés des biens et des produits. Compte tenu de l’aspect très controversé des réformes touchant à la Caisse de compensation, le gouvernement devra procéder de manière extrêmement prudente. La polémique soulevée contre cette proposition a fini par entraîner de nouveau son ajournement : cela confirme un peu la nécessité d’une approche graduelle et consensuelle du sujet. En effet, malgré l’objectif de cette réforme (équité), le débat est resté trop court, la pédagogie insuffisante et la recherche de consensus trop rapide pour que la réforme proposée soit bien acceptée par l’opinion. En partie pour répondre à cet indispensable besoin de pédagogie, une nouvelle approche doit se mettre en place.

Ces réformes seraient couronnées de succès dès lors qu’elles seraient accompagnées d’objectifs sociaux clairs et compréhensibles en faveur des classes défavorisées. Il faudrait transposer cette exigence à d’autres domaines, par exemple, en se focalisant sur le taux d’emploi des jeunes pour juger les réformes du marché du travail. Dans le même temps, les efforts des comités, conseils et autres groupes de travail, utiles à la recherche d’un consensus parmi les parties prenantes d’un débat, devraient être mieux coordonnés pour permettre des synergies entre ceux-ci, tout en limitant le poids de certains groupes défendant des intérêts particuliers. On insistera également sur la nécessité de renforcer la gouvernance des politiques économiques et leur coordination au niveau du gouvernement. Si rien n’est prévu avant les élections, le gouvernement continuera à prendre des petites mesures à la dérobée qui, peut-être, réduiront le déficit public mais ne favoriseront pas le retour à la confiance.

Commentaires

0 Commentaire Soyez le premier à donner votre avis

Commentez cet article

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *