Les délits mineurs pleuvent durant Ramadan
29 juin 2017
Fadel Boucetta (383 articles)
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Les délits mineurs pleuvent durant Ramadan

de retour de la mosquée, les jeunes prévenus ont vu une porte d’un appartement entrouverte, sont entrés dans les lieux, puis ont chapardé de menus objets (une lampe électrique, une casserole, deux cendriers et autres bricoles), avant de se faire intercepter par un voisin peu commode.

«Le temps s’en va, le temps s’en va, Madame ; las ; non… mais nous nous en allons, qui bientôt seront étendus sous la lame…», disait le poète français Ronsard. En le paraphrasant, nous dirions que Ramadan s’en va…mais pour mieux revenir l’an prochain, si Dieu le veut. Et en cette période particulière, s’il est un service qui ne chôme pas, c’est bien le pôle pénal des tribunaux en général, et celui de Casablanca, en particulier. Entre les présentations au parquet, les audiences de flagrant délit ou autres enquêtes d’instruction, la machine fonctionne à plein régime. Parmi les aspects remarquables, on note une nette diminution des crimes graves, compensée par une augmentation exponentielle des délits mineurs…mais toutefois sanctionnés par des dispositions juridiques.

Ce lundi donc, la salle réservée aux affaires dites de comparution immédiate est comble. Outre les familles des prévenus, (avec les amis et les proches), on constate aussi une forte recrudescence de spectateurs en goguette. Fonctionnaires, étudiants en droit, voire touristes en vadrouille, tout le monde pénètre librement dans le palais de justice, et vient assister au spectacle quotidien des audiences correctionnelles. Ce qui rappelle quelque peu l’engouement des Romains antiques pour les Jeux du cirque, ou comment aller assister paisiblement à la mort violente de son prochain !

Au Maroc, (et ce n’est pas un cas isolé, les mêmes remarques ont déjà été faites en Europe, où les procès d’assises drainent une foule compacte de curieux), le spectacle de la Justice en marche fascine toujours le grand public. L’apparat et la mise en scène, les «costumes» des magistrats, greffiers ou avocats, ainsi que le cérémonial quasi rituel, font de ces séances de véritables représentations théâtrales. Parmi les prévenus du jour, deux jeunes hommes poursuivis par le parquet pour vols aggravés. «Vol, vol aggravé», relève immédiatement la défense des prévenus. «Tout de suite les mots qui fâchent, Monsieur le procureur… attendons donc d’étudier le fond du dossier, avant de qualifier les faits d’une manière aussi sommaire qu’arbitraire». «Arbitraire ? Comment ça arbitraire ? Rebondit aussitôt le substitut de service? Et sommaire?  Comment ça? Qu’insinuez-vous par là?» Et c’est parti pour un long duel épique entre les deux parties, chacun argumentant avec force textes de lois et d’articles…au point que, dans le box, les deux prévenus, peu concernés par cette querelle entre experts, se sont peu à peu endormis ! Mais tout a une fin, et voilà le président d’audience qui siffle la fin des hostilités. On se calme, on reprend son souffle, puis l’on se penche sur le cas des jeunes prévenus. Pas grand-chose en fait : de retour de la mosquée, ils ont vu une porte d’un appartement entrouverte, sont entrés dans les lieux, puis ont chapardé de menus objets (une lampe électrique, une casserole, deux cendriers et autres bricoles), avant de se faire intercepter par un voisin peu commode. Et  24 heure plus tard, les voilà devant cette Cour où le président a du mal à comprendre que l’on puisse commettre un vol, alors même que l’on revient d’une mosquée. «Atteinte à la propriété privée, substitution frauduleuse d’objets appartenant aux tiers», tonne le procureur, réclamant un châtiment exemplaire, alors que les deux jeunes se recroquevillent dans leur box, essayant de se faire tout petit. «Petite erreur de jeunesse, incident de parcours», plaident de leur côté les avocats de la défense. «Pas de quoi fouetter un chat, préjudice matériel minime, aucune effraction, discernement diminué par le manque de café et de tabac du fait de Ramadan», ajoutent-ils, plaidant pour un simple avertissement, sans inscription au casier judiciaire. Le juge est dans son bon jour, et ne souhaite pas traumatiser outre-mesure les primo-délinquants. Il opte donc pour la mise en garde, adoptant un ton solennel pour s’adresser aux jeunes : «Pour cette fois, et en ce mois sacré, la Cour, faisant preuve d’indulgence, ne vous adresse qu’une mise en garde. Mais que l’on ne vous y reprenne plus». Comme dans un cas similaire déjà évoqué ici, les magistrats continuent de prouver que, dans leur action au quotidien, le volet éducatif et social n’est jamais bien loin.

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