Le Maroc comme décor et métaphore
1 août 2003
Najib Rfaif (565 articles)
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Le Maroc comme décor et métaphore

Alexandre le Grand, film d’Oliver Stone, sera tourné au Maroc. Notre
pays a donc la capacité de capter de grands projets. Mais ne nous contentons
pas de tirer des dividendes de ce don de Dieu que sont notre soleil et nos paysages.
Un décor naturel se préserve par le développement et la bonne
gestion de tout son environnement politique, juridique et humain.

Tom Cruise ne campera pas le rôle d’Alexandre le Grand dans le prochain film d’Oliver Stone et on s’en fout car cette superproduction allemande a choisi le Maroc comme lieu de tournage. C’est une bonne nouvelle par les temps qui courent et c’est également une réponse aux Cassandre d’ici et d’ailleurs qui se sont multipliés depuis le 16 Mai. Mercredi dernier, à l’occasion de l’annonce de cette nouvelle à l’ambassade d’Allemagne, le producteur Thomas Schüly semblait s’étonner de l’insistance de certains Marocains sur la dimension sécuritaire suite aux tragiques événements de Casablanca. Pour lui, l’hystérie des médias qui conditionne les opinions et les décisions des producteurs américains n’est pas son affaire. Attitude qu’il partage avec le réalisateur du film, Oliver Stone, qui est pourtant Américain mais qui se soigne. Bref, ce soir-là, il y avait comme une inversion des rôles : un producteur étranger optimiste, relativisant les circonstances et dégageant des ondes positives face à quelques autochtones étonnés ou effarouchés. Pour nombre de nos compatriotes, l’opinion de quelques cinéastes américains déformée par des médias tétanisés par le 11 septembre, a plus de valeur que le rire plein d’espérance du producteur de l’inoubliable film tiré du génial roman d’Umberto Ecco : Le nom de la rose. Mais bon, ne tombons pas dans le ridicule comportement teinté de ce qu’on appelle l’antiaméricanisme primaire, qui est souvent, comme dirait Régis Debray, l’idéologie des imbéciles. Encore que les imbéciles, contrairement aux absents, n’ont pas toujours tort. Et justement, comme pour racheter l’absence de ses compatriotes, le célèbre réalisateur américain Ridley Scott a décidé de tourner, lui aussi, une superproduction autour de la vie et du parcours de Salah Eddine Al Ayoubi sous un titre qui comblerait d’aise les responsables de l’Office du tourisme : Le Royaume du Paradis. Ce qui, vous en conviendrez, nous change des anciens slogans du genre : «l’éblouissement des sens» et le non moins présomptueux «le plus beau pays du monde».
Ainsi donc, notre pays abritera des productions prestigieuses sur des figures historiques de premier plan: Alexandre le Grand et Salah Eddine Al Ayoubi, en attendant d’autres personnages légendaires. Ce n’est pas rien lorsqu’on sait le succès populaire, à travers le monde, de ce genre cinématographique. On ne retiendra pas ici les retombées économiques directes et indirectes de ces tournages, mais seulement l’image du Maroc et sa capacité à capter des projets de grande envergure. Il s’agit maintenant de ne pas se contenter de tirer des dividendes de ce qui est un don de Dieu et de la nature: le soleil, le climat et les paysages contrastés en plus d’une figuration disponible et bigarrée. Un décor naturel s’entretient et se préserve par le développement et la bonne gestion de tout son environnement politique, juridique et humain. Tout cela pour faire face aux impondérables de l’évolution des industries cinématographique et touristique, souvent tributaires des mêmes conditions versatiles. Mais on ne fera de morale politique à personne sachant que dans ce beau pays il y a déjà foule du côté des donneurs de leçons tout terrain, des briseurs de moral et autres casseurs de sucre sur le dos des gens de bonne volonté. Et de ces derniers, il en existe dans ce pays en nombre important et des plus qualifiés que tous les chroniqueurs généralistes, les éditorialistes mélancoliques et les petits «niqueurs» de moral qui prolifèrent et s’agitent dans tous les espaces de parole pris d’assaut depuis quelques temps.
Cette mauvaise humeur passée, on ne se quittera pas en tirant la tronche en cette période de vacances. Alors une petite citation empreinte de sagesse de ce bon vieux Lucrèce est toujours bonne à prendre pour rester zen : «Fais taire tes opinions, tes sentiments, tes humeurs. Efface ta personne. Alors ton guide intérieur, ne se causant aucun trouble à lui-même, te conduit à la chose essentielle qui est en toi : l’impassible nature universelle.» Plus facile à dire qu’à faire, mais essayons ce truc pendant les vacances, comme une sorte de régime. Qu’est-ce qu’on a à perdre? Rien peut-être ; sauf qu’un type, moins philosophe mais plus rigolo que notre ami Lucrèce, a dit un jour que «la première chose que l’on perd lorsqu’on suit un régime, c’est sa bonne humeur»

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