Le foot dans tous ses Etats
30 juin 2018
Najib Refaif (606 articles)
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Le foot dans tous ses Etats

Partout et depuis le début des coupes du monde et autres compétitions régionales, le football a été un marqueur politique et identitaire. le jeu est transcendé par l’enjeu et l’histoire du foot mondial est pleine d’exemples dont le cas d’un certain match décisif du mondial 1978.

Seul le football donne parfois aux défaites un goût de victoire. Exemple. Lorsqu’une petite équipe, mal classée par la FIFA et donnée perdante sur le tapis, défie une autre formation au palmarès bien garni, la surclasse dans le jeu avant de subir, à la fin du match, la défaite pronostiquée. Cela arrive assez souvent dans le Mondial, mais aussi dans les compétitions locales en matchs de coupe. Et c’est bien cela qui fait la magie et forge la mythologie de ce jeu entre 22 joueurs qui courent derrière un ballon. «Et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne», comme dit la formule classique pleine de dérision qui répond à la devinette : qu’est-ce que le football ? La dernière rencontre entre les Allemands et les Suédois en est une parfaite illustration. En effet, l’équipe d’Allemagne a très souvent dominé sur les terrains en Europe et ailleurs et si elle a peu de supporters à travers le monde (hormis les Allemands bien entendu), cette formation a toujours donné des signes de puissance et d’efficacité qui sont ceux qui caractérisent tout ce qu’elle produit sur le plan social, économique et industriel. L’image d’un pays ou d’un continent se confond souvent, à tort ou à raison, avec celle du foot qu’elle présente et donc qu’elle représente. Voilà pourquoi la majorité des supporters et amateurs de football des pays sous-développés n’arrivent pas à s’identifier avec les sélections des grandes puissance économiques. Paradoxalement, c’est rarement le cas lorsqu’il s’agit des grands clubs riches tels le Barça, le Réal, le Bayern ou la Juve… Pourtant, ces clubs réunissent des joueurs multimillionnaires et sont parfois cotés en bourse. Mais le public fait la différence entre le fanion d’un club de riches et le drapeau d’un pays riche. Le patriotisme et son corollaire le chauvinisme l’emportent sur le capitalisme et sa puissance d’argent.

Partout et depuis le début des coupes du monde et autres compétitions régionales, le football a été un marqueur politique et identitaire. Le jeu est transcendé par l’enjeu et l’histoire du foot mondial est pleine d’exemples dont le cas d’un certain match décisif du Mondial 1978 entre la sélection de l’Argentine, pays alors dirigé par le dictateur Jorge Rafael Vidéla, et l’équipe du Pérou dont le régime vivait aussi sous le joug d’un autre dictateur, Morales Bermudez. Pour se qualifier, l’Argentine, pays organisateur, devait l’emporter par 4 buts d’écart face à l’excellente équipe péruvienne. Ce fut fait et qui plus est par un score-fleuve de 6 à 0. Beaucoup d’encre a coulé après cet évènement : des enquêtes, des livres et des articles ont été écrits à propos d’un deal que les deux dictateurs auraient passé pour faire accéder le pays hôte à la finale. Les témoins de cette époque précisent que l’intermédiaire dans ce deal diplomatico-footbalistique n’était autre que l’ancien ministre des affaires étrangères américain et grand amateur de football, Henry Kissinger… De nombreux joueurs, dont le légendaire Johan Cruyff, avaient boycotté ce Mondial pour ne pas cautionner la junte militaire, alors au pouvoir sous la houlette de Vidéla, estimant sans doute que la coupe était pleine. Et comme dira Saïd Seddiki dans son billet d’humeur plein de mots d’esprit lorsqu’on lui annonça le résultat trafiqué alors qu’il était au bistrot : «La Coupe est pleine ? Alors Vidéla !» Autocensure et finesse obligent, il avait laissé sous-entendre bien entendu : videz la Junte !

Plus récemment et plus près de nous, on sait que pour la première fois quatre pays arabes participent ensemble au Mondial organisé en Russie. Leurs prestations plutôt moyennes, sans être ridicules, ne leur permettent visiblement pas d’aller plus loin dans la compétition. Mais le fait même que l’on identifie ces équipes comme si elles étaient issues d’une même confédération ou pool est un étrange signe. Un signe de quoi? Je vous le demande, car ce sont les supporters et les commentateurs sportifs de ces mêmes sélections qui ont revendiqué cette appartenance. Comme s’il n’y avait pas 3 équipes scandinaves, et nombre de sélections latino-américaines qui, elles, ne font aucune allusion triomphaliste à leur proximité culturelle, linguistique et géographique. Mais lorsque ces équipes ont été battues, une campagne de lynchage a commencé. En effet, soudainement, les formations arabes sont devenues des machines à perdre, les Arabes, en général, des bons à rien et le monde arabe dans son ensemble un arrière-monde arriéré. Et ce n’est plus la mauvaise stratégie dans le jeu, le mauvais coaching ou autres bévues qui sont houspillés, mais bien toute une identité hier encore hissée comme un étendard. Heureusement, dans cette vaste et impitoyable campagne d’autoflagellation, certains ont choisi le parti d’en rire en multipliant photomontages et calembours et en pratiquant un humour tout en finesse et en autodérision ; ce qui est la moindre politesse face au tonitruant désespoir de la foule hystérisée par une défaite annoncée.

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