L’accès aux tribunaux, un casse-tête pour les justiciables et les citoyens
16 janvier 2018
Fadel Boucetta (393 articles)
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L’accès aux tribunaux, un casse-tête pour les justiciables et les citoyens

là c’est une audience qui démarre avec du retard, car le juge a mis 45 mn avant de trouver ou garer son véhicule ; ailleurs c’est un avocat qui prie (par téléphone) un confrère, de demander le renvoi d’un dossier en fin d’audience, car ça fait une demi-heure qu’il tourne en rond sans pouvoir stationner…

«Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs», avait dit Jacques Chirac, lors d’un sommet consacré à l’état de la planète qui se tenait à Johannesburg en Afrique du Sud. On pourrait paraphraser cette formule, si on l’appliquait aux tribunaux de Casablanca. «La situation empire, mais nul ne s’en soucie». Car pour les justiciables locaux, soumettre un litige à la Justice revient à résoudre un véritable casse-tête, ou pour être juste plusieurs casse-têtes. On se demande vraiment parfois à quoi servent ces grands ingénieurs, architectes et autres planificateurs, issus des prestigieuses écoles françaises ou d’ailleurs. Donc le Palais de justice de Casablanca. C’est le plus grand tribunal du Royaume, situé comme chacun sait en plein centre-ville. Et depuis quelque temps plusieurs aménagements sont intervenus dans le secteur.

D’abord le déplacement de la fontaine aux pigeons, transférée devant l’entrée principale du tribunal. C’est joli, certes, mais fort embêtant pour l’activité quotidienne du tribunal, car ces oiseaux ont la fâcheuse tendance à salir et polluer leur environnement immédiat…en particulier le grand porche d’entrée du tribunal où ils ont élu domicile. Les excréments et saletés s’accumulent donc, sans compter les petites virées que font ces volatiles à l’intérieur des salles d’audience, (notamment la salle1), sans pour autant demeurer plus propres. On ne compte ainsi plus les dossiers salis, les robes d’avocat souillées, sans oublier le pépiement, fort dérangeant, dans une salle d’audience.

Ensuite, quelqu’un a décidé que désormais l’accès au tribunal ne se ferait plus que par la porte principale…et son escalier monumental. Une gageure pour tous ceux qui, handicapés, malades ou souffrants prétendent pénétrer dans la bâtiment. Jadis, il y avait 4 portes d’accès, judicieusement disséminées par les architectes français entre les différentes façades: fini la facilité, le contribuable qui finance tout ça devra être en excellente santé avant de se rendre au tribunal, où, outre l’escalier principal, on trouve plusieurs autres escaliers desservant les 4 étages du tribunal, dont certains, pour la petite histoire, sont si exigus, que le croisement de deux personnes s’avère quasi impossible ! Mais j’oubliais le principal, à savoir les possibilités de stationnement. Quelque cent à deux cents places de parking ont été gracieusement aménagées, …pour les trois ou quatre mille personnes qui se rendent en ce lieu quotidiennement: fonctionnaires, justiciables, professions de la justice (notaires, avocats, experts). Comment feront tous ces gens pour se rendre au tribunal, à moins de prendre un taxi, ce qui n’est pas très pratique lorsqu’on porte un attaché-case, une robe d’avocat et différents objets (portable, ordinateur…).

Déjà, les premiers désagréments ont été enregistrés : là c’est une audience qui démarre avec du retard, car le juge a mis 45 mn avant de trouver où garer son véhicule ; ailleurs c’est un avocat qui prie (par téléphone) un confrère de demander le renvoi d’un dossier en fin d’audience, car ça fait une demi-heure qu’il tourne en rond sans pouvoir stationner. Un tribunal est un bâtiment qui abrite un service public d’importance, censé accueillir les citoyens venus y résoudre leurs affaires courantes. Or si l’accès en est rendu difficile, c’est toute la notion de continuité du service public qui est remise en cause. Ce genre de questions n’a pas semblé préoccuper les planificateurs, qui ont privilégié l’embellissement de la place centrale, à l’aspect pratique du fonctionnement d’une administration d’importance.

Mais que les râleurs en tout genre comme moi se rassurent. S’ils n’arrivent pas à accéder au tribunal, ils pourront toujours aller écouter de l’Opéra dans le futur Grand Théâtre en voie d’achèvement. Là, pas de problèmes : le stationnement est assuré, tout comme la fluidité de la circulation et l’accès aisé au théâtre ! Quand ils le veulent bien, les planificateurs prévoient tout !

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