La main lourde du parquet le jour de l’An
9 janvier 2018
Fadel Boucetta (388 articles)
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La main lourde du parquet le jour de l’An

traditionnellement, pour les malfrats en tous genres, les soirées de réveillon sont toujours l’occasion de faire quelques belles affaires : cambriolages facilités par l’absence des propriétaires partis festoyer ; rixes dues à l’alcoolémie parfois excessive ; ou altercations pour cause de motifs futiles. En cette soirée, les citoyens «se lâchent» un peu, ce qui forcément ne va pas sans heurts.

Lundi 1er janvier. Bonne et heureuse année à toutes et à tous, avec bonheur, santé et prospérité. Le monde entier se remet des célébrations festives de la veille, et tout fonctionne au ralenti, en douceur….Tout ? Pour paraphraser une célèbre bande dessinée ? Pas vraiment, car en fait il y a au moins deux endroits où règne une effervescence non dissimulée : les services d’urgence des hôpitaux, soignant les excès du réveillon. Et la salle de présentation du Palais de justice, section pénale, à Ain-Sebaâ, qui fourmille de personnes en activité. Cet endroit est le premier par lequel passe toute personne interpellée par la police, pour quelque motif que ce soit, et qui va enfin connaître, si j’ose dire, le programme des réjouissances, à savoir ce qui l’attend pour les prochaines heures à venir. La salle de présentation, en matière de justice, c’est un peu comme une gare de triage. Tous les équipages de police, à la fin de leurs rondes, s’y retrouvent pour déverser «la cargaison» du jour, à savoir les différents délinquants pris dans les mailles du filet policier. Et en cette belle matinée du premier janvier, la prise est d’importance.

C’est qu’en effet, traditionnellement, pour les malfrats en tous genres, les soirées de réveillon sont toujours l’occasion de faire quelques belles affaires : cambriolages facilités par l’absence des propriétaires partis festoyer ; rixes dues à l’alcoolémie parfois excessive ; ou altercations pour cause de motifs futiles. En cette soirée, les citoyens «se lâchent» un peu, ce qui forcément ne va pas sans heurts. Et donc au service présentation, c’est l’heure de pointe pour les substituts du procureur, en charge de la gestion des affaires courantes. L’ambiance ici est tout sauf festive, et la tension est palpable de suite. D’abord dans les rangs des personnes interpellées : elles sont entassées dans des espèces de cellules, d’une capacité de vingt personnes, mais où l’on en case plus du double, soit cinquante personnes.

Ce n’est pas l’exiguïté… mais on n’en est pas loin. De plus, dans cet entassement de personnes, toutes les catégories sociales sont représentées : du fils à papa bagarreur, au citoyen modèle, mais ayant abusé de l’alcool, en passant encore par M. Tout le Monde qui, boisson oblige, a refusé la veille d’acquitter sa note de restaurant, criant à l’arnaque. Et parmi ces «primo délinquants», bien sûr, se retrouvent quelques pointures du banditisme, habitués des lieux, et observant avec curiosité le comportement de ces gens qui se retrouvent enfermés, sans y être habitués.

Ensuite, parmi les fonctionnaires de service, qui ne sont pas forcément contents d’être là en ce moment. Eux, ils sont d’astreinte, c’est-à-dire qu’ils sont obligés de travailler ce jour-là : le Service public ne s’arrête jamais, et la justice en est un. Donc, jour de l’An ou pas, ces fonctionnaires sont à leur poste…mais pas forcément de fort joyeuse humeur. Alors, «gare aux abattis», car il n’y aura pas beaucoup de mansuétude lors des présentations au parquet. Le substitut de service n’a qu’une idée en tête : pour aller retrouver sa famille et profiter du jour férié, il va expédier en vitesse tous les dossiers qui vont défiler, sans perdre trop de temps avec les prévenus. Innocent ou coupable ? Il ne veut pas le savoir ; mise en détention provisoire, direction Oukacha (la prison de Casablanca)…et au suivant. Ici pas le temps de peaufiner les dossiers. Les demandes de mise en liberté provisoire, fût-ce sous caution ? Refusées, toujours au nom du maintien de l’ordre public. Le tribunal travaille, pourrait-on dire, mais en fait pas vraiment. C’est surtout une machine qui fonctionne sans relâche, chaque service comptant sur le suivant pour rattraper d’éventuelles défaillances. Et il y en a forcément, puisque de toutes les personnes qui passeront par la case présentation, nombre d’entre elles seront, d’abord relâchées par les substituts, avant d’être ultérieurement relaxées par la Cour. C’est que personne n’a le temps de chômer, ici, car les estafettes de police arrivent en un flux ininterrompus.

Et c’est ainsi que fonctionne un tribunal, le premier jour de l’An. Pas d’arrêt, pas de pause : priorité aux exigences du Service public !

Et encore une fois, bonne et heureuse année à toutes et tous.

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