Kamikazes de troisième génération
12 septembre 2003
Hind Taarji (537 articles)
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Kamikazes de troisième génération

Ne nous payons pas de mots. Impuissants, nous le sommes face à un processus infernal qui déploie sa sombre logique sans que nous puissions, pour l’heure, en désamorcer le mécanisme.

Ne nous payons pas de mots. Impuissants, nous le sommes face à un processus infernal qui déploie sa sombre logique sans que nous puissions, pour l’heure, en désamorcer le mécanisme. La boîte de Pandore s’est ouverte et le réel, jusque-là refoulé, nous explose – au sens propre comme au sens figuré – à la figure. Ignorance, exclusion, pauvreté, hogra, tout remonte à la surface, actionné par une idéologie obscurantiste contre laquelle nous devons nous avouer sans véritable parade. A l’heure d’aujourd’hui, de quelle parade en effet dispose-t-on face à la fascination morbide que peut exercer sur de jeunes êtres en rupture de ban la perspective du martyr ? De quelle parade dispose-t-on pour contrer dans des fors adolescents l’émergence du désir de mourir et de faire mourir «fi sabil Allah» ? La dernière actualité nous fait toucher du doigt le degré de notre impuissance. La semaine passée, nous apprenions par voie de presse l’arrestation de deux kamikazes dont l’intention aurait été de se faire exploser dans un des grands supermarchés de Rabat. Qui étaient ces candidats terroristes ? Deux adolescentes tout juste âgées de 14 ans ! Deux sœurs jumelles qui auraient entraîné dans leur sillage une troisième mineure !
Au-delà du projet en lui-même, une perspective à laquelle les esprits se sont malheureusement préparés depuis la date terrible du 16 mai 2003, trois éléments nouveaux achèvent de glacer le sang : l’âge encore plus précoce des kamikazes (14 ans), leur sexe (féminin) et surtout la dimension d’initiative personnelle qui aurait été la leur. Dans l’information répercutée par les quotidiens du 4 septembre, il est rapporté que, ayant projeté de se faire exploser devant le rayon alcool d’un supermarché, les deux jumelles auraient pris contact avec l’imam d’une mosquée pour s’enquérir auprès de lui de la légitimité de leur acte. Econduites, elles auraient alors pris attache avec les membres d’une cellule intégriste qui se seraient empressés de les encourager et de les épauler dans leur démarche.
Le 16 mai 2003, le Maroc a connu à son tour l’horreur intégriste. Lui qui se croyait immunisé contre le fanatisme doit affronter sans faux fuyant la nouvelle réalité. Une réalité d’autant plus dure à digérer que les poseurs de bombes comme les instigateurs sont tous nationaux. La jeunesse des kamikazes, des lycéens pour la plupart, fut parmi les éléments qui frappèrent les esprits. Dans la genèse et l’articulation des faits, il fut aisé de relever une dynamique à l’image de celle ayant été derrière les actes terroristes perpétrés dans d’autres pays musulmans. A savoir l’exploitation et l’instrumentalisation de la frustration et du désespoir des laissés pour compte par une idéologie obscurantiste qui, de Dieu, a fait son étendard.
La dimension internationale du phénomène a ceci pour conséquence d’accélérer des processus sur le plan local. Pour exemple, cette affaire des deux jumelles. L’apparition des femmes kamikazes est survenue en Palestine après près de deux ans d’Intifada et une longue série d’attentats-suicide. Elle s’inscrit dans le cycle infernal des représailles et contre-représailles avec leurs milliers de victimes, de maisons détruites, d’arbres arrachés, bref la réalité terrible d’une terre occupée qui se bat pour recouvrer sa liberté. Au Maroc, quelques mois à peine après les événements du 16 mai, voilà que des petites jeunes filles se mettent en tête de vouloir imiter les Palestiniennes. A ce détail près qu’aucun occupant ne spolie leur terre ! Autre phénomène. Dans cette même Palestine, il a fallu l’échec d’Oslo et le désespoir de ces dernières années pour qu’en matière de candidats au martyre, l’offre connaisse un afflux qui excède la demande. Pour ce qui nous concerne, nous étions encore dans l’idée que les organisations terroristes sévissant sur notre territoire avaient dû aller à la recherche de leurs «bombes humaines». Or là, avec nos jumelles, qu’avons-nous ? Des candidates à la mort qui, d’elles-mêmes se mettent en quête d’encadrement. Fort heureusement, tout ceci est resté au stade du projet avorté. Il n’empêche. Face à de tels faits, il y a réellement lieu de s’inquiéter. Et de comprendre que ce n’est pas la distribution des condamnations à mort à des personnes qui ont déjà fait le choix de mourir «fi sabil Allah» qui viendront à bout du phénomène. Un peu plus d’intelligence et d’analyse critique sont plus que jamais nécessaires !

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