Infrastructures modernes… mentalités anciennes !
19 juillet 2010
Fadel Boucetta (404 articles)
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Infrastructures modernes… mentalités anciennes !

Prenons l’exemple des autoroutes. Qui n’a jamais été doublé sur sa droite, sur la voie de secours du périphérique casablancais ? Qui n’a jamais été témoin d’embouteillages inextricables sur n’importe quel tronçon d’autoroute, les Marocains étant incapables de maintenir leur file, en roulant au ralenti ? Et de ce fait, la voie de secours devient rapidement inutilisable.

Le Maroc se développe à grands pas, c’est certain, cela saute aux yeux et nul ne peut le nier. Les grands travaux se multiplient, de nouvelles villes sortent de terre, accompagnées des infrastructures modernes essentielles. Seulement, force est de constater qu’un effort supplémentaire devrait être fait afin d’adapter les mentalités de nos concitoyens aux exigences futures.

Prévoir des tramways dans les villes de Casablanca et Rabat relève d’une initiative hardie. Mais a-t-on réfléchi, et je n’en doute pas un instant, aux difficultés concrètes que cela soulèvera ? La mise en service de ce tramway agira-t-elle comme une baguette magique, et verrons-nous, du jour au lendemain, des taxis rouges respectueux du code de la route, des taxis blancs ne tolérant aucune violation du même code, des piétons disciplinés marchant sur les trottoirs et ne traversant que sur des passages protégés ? Et les conducteurs normaux, eux, changeront-ils de comportement ? Apprendront-ils qu’il ne faut pas faire de queue-de-poisson au tram, qu’il faut respecter les distances et les signalisations et éviter de klaxonner à tout va ?

La question mérite d’être posée, car ce n’est pas la mise en application du nouveau code de la route en octobre prochain qui bouleversera de vieilles habitudes. Car on le voit bien, malgré des dispositions de plus en plus répressives en matière d’infractions, le nombre de morts et blessés dans notre pays atteint des proportions inquiétantes : et si les Marocains ne respectent pas le code de la route aujourd’hui, pourquoi le feront-ils demain ?

Prenons cette fois l’exemple des autoroutes. Qui n’a jamais été doublé sur sa droite, sur la voie de secours du périphérique casablancais ? Qui n’a jamais été témoin d’embouteillages inextricables sur n’importe quel tronçon d’autoroute, les Marocains étant incapables de maintenir leur file, en roulant au ralenti ? Et de ce fait, la voie de secours devient rapidement inutilisable au moindre incident ! Qui n’a jamais sursauté en constatant qu’une voiture faisait marche arrière sur l’autoroute, après avoir raté une sortie, ou qu’une autre stationnait sur la bande d’urgence, le temps que son conducteur satisfasse un besoin naturel urgent? Le fait d’annoncer que tout cela est interdit par la loi, de l’afficher sur de grands panneaux le long du réseau autoroutier n’affecte guère les conducteurs, qui continuent à n’en faire qu’à leur tête, sachant que les contrôles sont (relativement) rares, et qu’il y aura toujours un moyen d’échapper à la sanction.

Tout cela serait presque anodin, et ferait partie du processus normal de développement d’un pays, sauf que nos infrastructures avancent rapidement. Hier nous avions quelques kilomètres d’autoroutes, aujourd’hui le réseau en compte plusieurs centaines, et, avec le tronçon Marrakech-Agadir, apparaissent des viaducs, des tunnels, qui requièrent une discipline si l’on veut maintenir une sécurité totale.

Et restons dans le domaine de la sécurité, en évoquant le futur TGV marocain. Certes, encore une fois, des textes prévoient de punir quiconque entraverait le passage des trains, tirerait un signal d’alarme sans motif raisonnable ou traverserait les voies en dehors des points de passage prévus. Mais il faudra bien apprendre aux petits-enfants des campagnes qu’il ne faut pas lancer d’objets en direction du train, qu’il convient de faire traverser le bétail en des endroits précis et qu’il est interdit d’oublier un tracteur le long d’une voie ! Tout cela ne s’improvise pas, et ce ne sont pas quelques dahirs adoptés à Rabat qui changeront les mentalités ancestrales des Marocains, fussent-ils citadins ou ruraux. 

Un exemple nous en est d’ailleurs donné, par l’observation de ce qui se passe dans certaines administrations ou services délégués. Ainsi, de la Poste ou de Lydec : afin de canaliser au mieux la foule, on a instauré un astucieux système de tickets portant un numéro ; il suffit de s’asseoir (les locaux sont bien aménagés) et d’attendre sagement son tour. En Europe, le système fonctionne à merveille. Au Maroc, l’on se retrouve à trois au guichet, le premier citoyen n’a pas encore fini que le second s’accoude à ses côtés, pendant qu’un troisième surgit de nulle part, son numéro s’étant affiché sur le cadran ! Même chose à la Poste où, de surcroît, une majeure partie des citoyens est encore analphabète, et ne comprend rien à cette histoire de numéros, de file d’attente et de cadrans lumineux. Il serait donc judicieux d’envisager de profondes mutations, afin de mettre la population au fait de toutes ces nouveautés technologiques, et de la former aux différents modes de fonctionnement. Faire des spots télé et radio, fort bien ! Mais il faut aller plus loin; par exemple, instaurer des cours d’éducation civique obligatoire dès le cycle primaire, afin de sensibiliser le jeune marocain, l’habituer au strict respect de la loi, et cela dès sa plus tendre enfance.

Le jour où l’on ne verra plus de lycéens traverser nonchalamment un grand boulevard, slalomant en riant entre les voitures au risque de leur vie, sera celui d’une nouvelle ère pour le Maroc.

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