5 septembre 2003
Lavieeco (23450 articles)
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Elections : un pas en avant… et un pas de côté

Mode de scrutin inadapté, manque de leadership, communication déficiente,
on s’est engagé sur la voie de la démocratie sans se doter
des outils et de la volonté réelle pour réussir ce passage.

Malgré certaines évolutions positives, je reste globalement perplexe quant au rythme de démocratisation du pays. Je citerai deux évolutions positives: l’Unité des grandes villes apportée par la nouvelle Charte communale du 3 octobre 2002 et la volonté étatique affirmée et affichée d’assurer la transparence et la régularité des élections communales du 12 septembre 2003. Ces deux évolutions positives ont été suffisamment développées et expliquées pour que je ne m’y attarde pas.
Par contre, d’autres évolutions aux conséquences négatives méritent plus d’attention et d’explications. La première concerne l’adoption du mode de scrutin proportionnel de liste par circonscription par la nouvelle loi électorale. On a déjà pu en vérifier les conséquences en termes d’atomisation de la carte politique nationale à l’issue des élections législatives du 27 septembre 2002.
Il faut reconnaître que l’adoption de ce nouveau mode de scrutin répond à des considérations politiques de pouvoir et ne peut aboutir qu’à l’éparpillement du champ politique. On a alors l’impression que ce nouveau système électoral a été choisi pour contrecarrer la montée en puissance d’une force politique que l’on peut facilement deviner, mais sa nature a débouché sur la marginalisation de toutes les forces politiques en présence. Aucune d’entre elles ne pourrait raisonnablement prétendre avoir la majorité à elle seule. Le résultat le plus tangible, c’est que tous les grands partis auront en fin de compte leur part du gâteau électoral.
Ce système engendre un autre effet pervers. Ce n’est plus le peuple souverain qui par son vote élit ses représentants locaux. Mais plutôt les partis politiques qui «nomment» un certain nombre d’élus : les candidats placés en tête des listes par les «grands» partis sont en effet pratiquement assurés d’être élus. Donc éparpillement du champ politique et recul démocratique.

Une communication politique stéréotypée
A mon avis, on ne peut avancer sur la voie de la démocratisation du pays qu’en abandonnant ce système électoral pour un mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, avec une certaine dose de proportionnelle pour permettre la représentation de certaines catégories sociales difficilement éligibles de façon directe : les femmes et les cadres. Il faut d’ailleurs souligner que le système électoral choisi par notre pays est un système «bizarre», qui n’existe pratiquement nulle part au monde.
La deuxième évolution aux effets négatifs réside dans l’affaiblissement des partis politiques. On les somme de se redresser, de se renforcer afin d’assumer le rôle d’encadrement qui leur est dévolu par la Constitution, mais rien ne pourrait être fait dans ce sens sans une nouvelle loi les concernant et sans interpellation politique directe des dirigeants.
La troisième évolution aux résultats négatifs réside dans la communication politique très déficiente relative à ces élections. Imaginez que dans notre pays on ne cherche à débattre, de manière organisée, des problèmes des communes et de la démocratie locale que quinze jours avant la date du scrutin communal.
Combien de gens suivent-ils réellement les interventions stéréotypées, ennuyeuses et sans effet sur les téléspectateurs ou les auditeurs ? Il est vraiment anormal que dans un pays qui veut construire la démocratie d’assister à ce genre d’aberrations. Nous avons besoin d’émissions télévisées de débat de qualité et sur toute l’année et pas seulement de manière saisonnière. La chaîne 2M a fait un effort dans ce sens. Il faudrait renforcer, améliorer et diversifier cette tendance.
On devrait également simplifier les problématiques, utiliser une langue la plus proche possible de l’arabe dialectal accessible à la majorité écrasante de la population, afin qu’elle puisse se former à la démocratie et au débat public contradictoire.

Liste des indésirables : que faire ?
Partant de là, je crains que le taux de participation ne soit faible, parce que les électeurs ne sont pas suffisamment sensibilisés et motivés par ce scrutin. Au final, les résultats des élections risquent de ne pas refléter la réalité politique du pays.
Comment peut-on, étant donné les handicaps que constituent ces évolutions négatives, aboutir à une carte politique dominée démocratiquement par l’une ou l’autre des forces politiques du pays ? Le système demeure encore opaque et frileux. On a l’impression qu’on voudrait bien s’engager résolument sur la voie de la démocratie, certes de manière progressive, mais le résultat est qu’on est en train de faire de l’homéopathie, pour ne pas dire du surplace…
En l’absence de leaderships partisan, gouvernemental et étatique qui s’impliquent et mobilisent le pays autour de l’importance des élections locales, comment voulez-vous que les gens se sentent effectivement concernés et prennent massivement le chemin des urnes, convaincus que leur vote peut réellement peser sur la gestion des affaires de leur cité ? De plus, le débat réel sur les véritables enjeux de ces élections, je ne vois pas trace.
Je voudrais enfin réagir par rapport à quelques questions soulevées par la presse nationale. Concernant d’abord la fameuse liste des 200 élus indésirables, dissuadés par les gouverneurs et walis, sur ordre informel peut-être de l’administration centrale, de se présenter aux élections du 12 septembre 2003, j’estime que cette démarche n’est point conforme à l’esprit de l’Etat de droit.
Si on a des choses à reprocher à ces gens-là, on devrait soit les traduire en justice, soit agir politiquement contre eux. Que des acteurs politiques à tout les niveaux les dénoncent publiquement pour leurs méfaits ou pour les suspicions qui pèsent sur eux. Ceci les dissuaderait de se présenter ou même s’ils le faisaient seraient battus grâce à la vigilance des démocrates et des électeurs.
Or la situation politique actuelle, étant donné les éléments développés ci-dessus, est telle que ce genre de personnages, même dénoncés, risquent d’être malheureusement élus. Tel est le paradoxe devant lequel nous sommes placés. Les simples positions de principe ne suffisent pas

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