Du stationnement des voitures et de l’égalité devant la loi
14 mars 2017
Fadel Boucetta (352 articles)
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Du stationnement des voitures et de l’égalité devant la loi

de plus en plus de ménages acquièrent des voitures. C’est très bien pour l’économie du pays, sauf que, en général, nos villes n’ont pas été pensées, ni conçues pour absorber un tel flux de véhicules. Donc, en matière de circulation, c’est un peu du n’importe quoi, et en matière de stationnement, c’est l’anarchie quasi totale.

S’il est un phénomène que connaissent bien tous les conducteurs au Maroc, et dans toutes les grandes villes, c’est bien un problème de stationnement. Le pays se développe, les richesses se redistribuent, et donc de plus en plus de ménages acquièrent des voitures. C’est très bien pour l’économie du pays, sauf que, en général, nos villes n’ont pas été pensées, ni conçues pour absorber un tel flux de véhicules. Donc, en matière de circulation, c’est un peu du n’importe quoi, et en matière de stationnement, c’est l’anarchie quasi totale.

Pour remédier à cet état de fait, les autorités ont instauré des méthodes pour le moins arbitraires, et en tout cas, non conformes à la loi. Nous sommes donc devant le paradoxe qui consiste à violer des lois, dans le but d’en faire respecter d’autres. Ainsi, tout conducteur qui rangerait sa voiture dans un endroit interdit risque de la retrouver mise à la fourrière. En général, le ballet est bien rodé : la dépanneuse arrive à l’impromptu, repère les véhicules mal garés, l’agent de police effectue un tri sélectif, évitant soigneusement les grosses berlines, et ordonne l’enlèvement de tel ou tel véhicule. En violation de la loi, puisque, le véhicule appartenant à autrui, quiconque le déplacerait pourrait être considéré comme un voleur. Sauf un agent de police, dans l’exercice de ses fonctions. Mais là encore, la loi est dévoyée, puisque les textes régissant la police du roulage, c’est-à-dire les modalités de circulation ou le Code de la route, sont très clairs à ce sujet. Ne peuvent être «immobilisés» que les véhicules non assurés, ceux impliqués dans un accident mortel ou ceux conduits par une personne n’ayant pas la qualité pour le faire, en d’autres termes, les conducteurs dépourvus de permis de conduire. Le stationnement interdit ne figure pas sur la liste, mais peut, à l’occasion, faire l’objet d’un arrêté municipal, lorsque la cité organise un grand événement (visite royale, inaugurations officielles, réception de chef d’Etat) : la municipalité prend alors un arrêté, précisant les interdictions et les horaires d’application.

Suite à cela, elle est parfaitement fondée à faire enlever tout véhicule ne respectant pas cette réglementation provisoire. A partir de ce moment, (l’enlèvement), on entre juridiquement parlant dans le grand vaudeville. Les administrations concernées, bien que rodées à la tache, vont compliquer la procédure de restitution, qui peut alors prendre plus de quarante-huit heures. Si, si, messieurs, dames, c’est bien ainsi, car rien n’est coordonné et les agents sont inflexibles. Nous noterons que la loi, elle, en instaurant la mise en fourrière, n’avait pas imaginé (par le biais de ses rédacteurs), qu’elle créerait aussi une forme insidieuse de torture morale et physique ! Nous relèverons aussi incidemment que ces méthodes extrêmes ne sont pas appliquées partout également dans le Royaume. Par exemple, Rabat, Marrakech ou Agadir échappent à cette chasse féroce contre les contrevenants au stationnement : les dépanneurs essayent de faire preuve d’un certain discernement, triant les voitures officielles, celles des touristes ou celles dotées de… quelque chose de spécial. Comme par exemple encore, devant l’aéroport de Casablanca, où certains Marocains, plus Marocains que d’autres semble-t-il, ont le privilège de laisser leur voiture juste devant la porte de l’aérogare. C’est plus pratique, pour madame, les enfants et les bagages, alors que les malades, invalides, ou autres personnes fragiles sont renvoyées sans ménagement vers les parkings lointains, qu’il vente ou qu’il pleuve. Cela crée chez les citoyens une certaine frustration, de voir que la loi ne s’applique pas d’une manière uniforme, égale et partout. On a aussi la fâcheuse impression que les municipalités légifèrent à tout-va, et dans tous les sens, sans qu’une autorité de tutelle, qui existe pourtant bel et bien, ne vienne mettre un peu d’harmonie dans tout ceci. Il conviendrait, pour l’établissement d’un Etat de droit, que cessent ces pratiques douteuses, attentatoires aux libertés individuelles… et complètement inefficaces. La nature ayant horreur du vide, chaque véhicule enlevé est immédiatement remplacé par un autre, donnant ainsi une impression de confusion. Qu’en pense le sieur Montesquieu qui dissertait doctement sur l’égalité de tous devant la loi ? 

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