Droit de grève
19 septembre 2017
Fadel Boucetta (383 articles)
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Droit de grève

Le droit de grève, comme son nom l’indique, permet aux ouvriers d’exercer cette liberté fondamentale, avec le respect de certaines règles. Ce qui autorise, en même temps, la défense des intérêts des salariés, tout en n’empêchant pas l’entreprise de continuer à travailler et produire.

Et c’est reparti pour un tour : parmi les annonces faites, entendues, on ressort le fameux droit de grève, qui figurerait parmi les priorités du nouveau chef du gouvernement. Cela ne fait jamais qu’une cinquantaine d’années qu’on en parle, qu’on en discute, et qu’on veut le graver dans le marbre de la loi. Et à chaque fois, curieusement, c’est partie remise : on atermoie, on hésite, on recule, on tergiverse, on réfléchit bien…et on passe à autre chose, décidant tout compte fait que ce n’est pas très urgent. Après tout, il ne s’agit là que d’un droit concernant essentiellement des ouvriers, et donc cela peut attendre. De plus, le pays fonctionne très bien sans ce texte depuis des lustres, alors, pourquoi se presser ? Pourtant, c’est l’un des droits essentiels dont profite la classe ouvrière, et qui permet d’apaiser bien des tensions au sein de nombreuses entreprises confrontées à des difficultés sociales. Mais, au fond, à quoi peut bien servir ce texte ?

Le droit de grève, comme son nom l’indique, permet aux ouvriers d’exercer cette liberté fondamentale, avec le respect de certaines règles. Ce qui autorise, en même temps, la défense des intérêts des salariés, tout en n’empêchant pas l’entreprise de continuer à travailler et produire. En Occident, où cette référence est née, les choses sont bien réglées, car des syndicats existent pour encadrer ce droit, qui demeure sous le contrôle de l’Administration. Comment cela se passe-t-il concrètement ? Prenons par exemple le cas de l’entreprise Y, dont les salariés ont des revendications précises. Après plusieurs rounds de négociations avec les dirigeants, portant aussi bien sur la revalorisation des salaires, les conditions de travail ou l’activité syndicale, les délégués du personnel décident, en dernier recours, d’utiliser le droit de grève, ce qui signifie que les salariés vont arrêter le travail.

Dans un premier temps, il convient d’en avertir les autorités locales, c’est-à-dire en l’occurrence le gouverneur de la région (ou de la ville). Ce dernier est en charge du maintien de l’ordre public, et doit donc, en quelque sorte, baliser et veiller à ce que l’exercice de ce droit constitutionnel se fasse sans troubles majeurs. Et pourquoi y aurait-il trouble, se demanderont les gens ? Après tout, il n’y a pas le feu à la maison, ce sont juste quelques ouvriers (ou salariés) qui vont s’abstenir de venir travailler pendant quelques jours ; où est le problème ? D’un côté, ces salariés grévistes perdront une part de leur salaire, et ça ne regarde qu’eux; et de l’autre, une entreprise, dont la production va certes diminuer, mais cela reste gérable. Oui, certes, mais il y a les à-côtés de la chose.

D’abord, une grève est rarement suivie (sauf certains cas bien exceptionnels) par l’ensemble des salariés d’une entreprise, ce qui ne va pas sans créer des tensions entre grévistes et non grévistes, les premiers ayant tendance à user de moyens extrêmes pour empêcher les seconds de travailler, comme les piquets de grève, les menaces verbales, voire les agressions physiques. Car en la matière, il y a moult options qui se font face, et c’est ce qui explique parfois que les choses dégénèrent en violences, actes de vandalisme ou excès en tous genres. La situation en effet est complexe : les ouvriers (ou salariés) grévistes ne sont pas des hors-la-loi ou de dangereux agitateurs ; ils ne font qu’exercer un droit qui leur est octroyé de par la Constitution ; ils défendent des intérêts bien précis, et ont donc choisi ce moyen pour appuyer leurs revendications. En face, les non-grévistes ne sont pas non plus forcément des stakhanovistes du travail : ils estiment simplement ne pas se reconnaître dans les revendications formulées, et donc préfèrent poursuivre leur travail, pour lequel ils seront rémunérés, alors que les grévistes ne sont pas payés durant les jours d’arrêt de travail. A chacun sa perception des événements, sauf que les deux camps, en général, se regardent en chiens de faïence, chacun dénigrant l’action de l’autre. D’où heurts, violences et troubles de l’ordre public, trouble d’autant plus inquiétant qu’il n’est prévu par aucun texte précis.

D’où l’intérêt de légiférer rapidement, et combler ce vide juridique, comme cela existe en Europe, où l’exercice de la grève répond à, si j’ose dire, un cahier des charges précis. Par exemple, protection de l’outil de travail, garantie pour les deux camps de pouvoir librement s’exprimer, ou encore la continuité de la production au sein de l’entreprise. Le gouvernement ou le ministre qui fera adopter pareille loi, encadrant le droit de grève, entrera dans l’Histoire de notre pays. Et, donc, Messieurs les ministres concernés, hâtez-vous de légiférer en ce sens: toute la masse des travailleurs vous en sera éternellement redevable !

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