Des tueurs à gages difficiles à défendre
14 novembre 2017
Fadel Boucetta (380 articles)
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Des tueurs à gages difficiles à défendre

Personne ne leur a vraisemblablement dit que le Maroc certes est en Afrique, mais frontalier avec l’Europe, et atteignant un niveau de vie, d’éducation et d’organisation bien plus élevé que la moyenne africaine. Et que les policiers marocains (dont l’efficacité est mondialement reconnue) auraient une réaction très rapide, structurée et bien organisée.

Le récent fait divers qui a retenu l’attention de tout le pays, et qui s’est déroulé à Marrakech, devrait être inscrit dans les manuels de droit pour servir de cas pratique en matière de droit pénal. Tout d’abord, nous aurons une pensée émue pour la jeune victime innocente, priant le Ciel d’apporter à sa famille réconfort et courage. Il était fils de magistrat, autant dire que les tueurs ne seront pas très à l’aise devant …les magistrats (juge d’instruction, juges d’audience, procureurs…) qui auront à les juger, et peuvent faire le deuil de toute clémence ou autre mansuétude. Comme il sera intéressant d’observer le verdict qui sera rendu, certainement l’un des plus sévères de la justice marocaine. Ensuite, l’on remarquera que ces malfaiteurs n’auront sans doute pas fait beaucoup de tourisme à Marrakech, leur hôtel étant situé à proximité du lieu du drame, qui lui-même fait face à la Cour d’appel où ils seront jugés.

Enfin, passons aux faits, en eux-mêmes, apparemment un règlement de comptes entre trafiquants de drogue, mais qui a mal tourné. Les tueurs n’ont certainement pas fait la fac de droit, sinon ils auraient évité d’accumuler les circonstances aggravantes qui pèseront lourd à l’heure de la sentence. En effet, tout truand qui se respecte (et qui entend commettre un crime ou un délit), essaye d’éviter les éléments suivants, en apparence anodins, mais qui, en matière pénale, sont perçus de tout autre façon.

Premièrement, l’heure du crime, soit à la nuit tombée. Les législateurs aiment les choses claires, qui n’embrouillent pas les situations. L’heure montre une volonté d’échapper après le forfait sans laisser de traces.
Envie de «faire une bêtise», comme tuer son prochain ? Ce qui est formellement déconseillé, et fortement réprimé par toutes les lois du monde car la nuit est un élément aggravant.

Deuxièmement, il vaut mieux éviter le recours aux armes à feu, car au Maroc, on est très chatouilleux à ce sujet. Le Royaume vit dans la paix et la quiétude, justement parce que le contrôle des armes à feu est très strict. Pas comme dans un pays où le premier cinglé peut abattre 20 ou 30 personnes! De même, le législateur n’aime pas non plus les moyens de transport utilisés. Car l’acte d’accusation comportera ces termes : «A commis tel acte, en utilisant le véhicule X… à bord duquel il s’est rendu sur les lieux, avant d’en repartir par le même moyen». On notera en passant que le loueur de motos aura subi, lui, une perte sèche : engin carbonisé volontairement, situation exclue par les polices d’assurance, et donc aucun remboursement envisageable. (C’est écrit en tout petits caractères en bas de l’assurance). L’usage de cagoules est également une circonstance aggravante : outre qu’elles ne servent à rien (l’identification rapide, puis l’arrestation des suspects le prouvent), elles ne font qu’agacer un peu plus policiers et magistrats qui auront en charge le dossier.

Et les présumés tueurs ? On garde en tête ici que la présomption d’innocence doit être respectée… bien que, diront certains, tout concorde : les aveux, le presque flagrant délit, l’arme saisie, etc.

Et à propos de cette arme. Tiens ! Certains fonctionnaires des douanes et de la police vont la sentir passer, celle-là, et auront bientôt les oreilles qui sifflent. Les enquêteurs détiennent les passeports des deux assaillants, où ils ont rapidement découvert les dates d’entrée au Maroc. La Police des polices – ça existe, aussi chez nous – va donc convoquer les fonctionnaires qui étaient de service à l’aéroport, le jour où les tueurs sont entrés sur le territoire national, et leur demandera assez abruptement, où ils avaient les yeux ce jour-là…

Troisièmement, le sort des deux suspects est déjà scellé. Venant du Surinam et de la République Dominicaine, réputées pour leurs plages paradisiaques, ils auront quelque 25 à 30 ans à méditer sur ce qui aura certainement été leur erreur fatale : le manque d’informations sur l’endroit d’exécution de leur contrat. Certainement peu instruits, ils ont dû se dire : «Ah, c’est en Afrique ? Pas de problèmes, là-bas c’est encore la brousse. On y va, on tire, et on repart ; voilà». Personne ne leur a vraisemblablement dit que le Maroc certes est en Afrique, mais frontalier avec l’Europe, et atteignant un niveau de vie, d’éducation et d’organisation bien plus élevé que la moyenne africaine.

Et que les policiers marocains (dont l’efficacité est mondialement reconnue) auraient une réaction très rapide, structurée et bien organisée. Et personne ne leur a dit non plus qu’au Maroc tout se sait très vite comme, par exemple, la découverte très rapide de la moto carbonisée. Et maintenant, place à l’instruction et au procès !

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