De l’abus de faiblesse sur personne âgée
28 novembre 2017
Fadel Boucetta (382 articles)
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De l’abus de faiblesse sur personne âgée

une équipe musclée de la PJ cueillit les voleurs au saut du lit. Dans leur chambre même, les preuves de leurs méfaits traînaient partout: chéquiers de la vieille dame, téléphones portables, adresses et contacts de receleurs.

Il était une fois une vieille dame, qui coulait des jours paisibles dans sa villa casablancaise, située dans un quartier huppé. Sa fortune était aussi grande que son âge, résultant de l’héritage qu’elle avait perçu à la mort de son époux. Ses besoins n’étaient pas immenses car elle menait, par habitude, une vie sans excès. Elle avait à ses côtés, pour le service quotidien et la vie de tous les jours, un couple de serviteurs dévoués à son service depuis plus de trente ans. Et la vie suivait son cours paisible, rythmé par les visites fréquentes de ses enfants ou petits-enfants. L’une de ses filles, l’aînée, s’occupait de l’intendance de la maison.

Elle faisait les courses, allait au marché et veillait à ce que sa vieille mère ne manquât de rien. Celle-ci avait toujours aimé parler, bavarder, papoter, et recevait souvent la visite de proches et amis de la famille. On leur servait du thé, à la marocaine, avec profusion de petits gâteaux et sucreries en tout genre. La vieille dame était aussi réputée pour son caractère assez abrupt parfois, du genre de personnes qui appellent un chat un chat, sans trop se soucier des circonstances et ses visiteurs étaient habitués à cette facette de son tempérament. Elle critiquait les membres de sa famille, se plaignait de ne plus recevoir autant de visites que jadis, affirmait qu’elle ne buvait plus son lait quotidien parce que le frigo était souvent vide, faisait des remarques acerbes sur le personnel qui s’occupait d’elle.

Autant dire la routine, chez une personne âgée et, du coup, on l’écoutait, certes, mais sans plus, et chacun repartait à ses occupations. Au fur et à mesure, les récriminations se faisaient plus nombreuses et plus fréquentes, mis aussitôt sur le compte du caractère acariâtre de la dame. Un beau matin, alors qu’elle recevait la visite de l’un de ses petits-enfants, elle le pria d’aller faire une course, à savoir retirer à la banque une somme d’argent rondelette et la lui ramener séance tenante. Ce qui ne manqua pas d’étonner le jeune homme qui lui demanda l’usage qu’elle comptait en faire.

«Oh, en fait, ce n’est pas pour moi, mais pour les esprits de la nuit, qui en ont un besoin urgent.»…. Esprits de la nuit ? Ça veut dire quoi ça, s’interrogea le jeune homme qui n’obtint que des réponses évasives, malgré son insistance. Il s’en alla alors questionner les membres du personnel, qui ne lui apportèrent pas plus d’éclaircissements, sinon que la vieille dame perdait son esprit peu à peu et que, parfois, voire souvent, elle racontait n’importe quoi.

Le jeune homme effectua donc la commission dont il était chargé, remit l’argent à sa grand-mère et se promit de faire quelques vérifications. Il constata que, deux jours plus tard, l’argent remis avait disparu, sans justification cohérente, sinon que «des envoyés spéciaux étaient venus sous le sceau du secret le récupérer nuitamment». Il en parla alors à son père, fils de la vieille dame, un monsieur fort sympathique, jovial. Mais il n’est pas n’importe qui ; c’est un magistrat.

A ce niveau de responsabilité, on a la tête sur les épaules, le cerveau bien fait et une solide formation de juriste: pour lui les fantômes, trolls et autres n’existent que dans les livres pour enfants et au cinéma. Dans la vraie vie, il y a les honnêtes citoyens et les autres; et son job consiste, notamment, à mettre ces derniers hors d’état de nuire. Il donna des instructions pour diligenter une enquête, ordonna de mettre la maison sous surveillance et fit embaucher un jardinier, en fait un policier. Lequel rendit son rapport au bout de quelques jours, concluant en l’existence d’une véritable mafia, rançonnant sans vergogne une personne âgée, et dont les exigences allaient crescendo.

Le lendemain matin à l’aube, une équipe musclée de la PJ cueillit les voleurs au saut du lit. Dans leur chambre même, les preuves de leurs méfaits traînaient partout : chéquiers de la vieille dame, téléphones portables, adresses et contacts de receleurs. Il n’en fallait pas plus pour que les deux comparses poursuivis pour «abus de confiance sur personne vulnérable, vol en bande organisée (il suffit d’être deux personnes, au regard de la loi, pour constituer une bande), et escroquerie», et condamnées à de lourdes peines. Et le fait de commettre tous ces méfaits sur les géniteurs d’un haut magistrat n’a pas dû beaucoup les aider lors du procès !

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