Création du poste de président du parquet, une avancée dans le domaine judiciaire
31 octobre 2017
Fadel Boucetta (380 articles)
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Création du poste de président du parquet, une avancée dans le domaine judiciaire

Désormais, les représentants du parquet devront donc réserver un accueil convenable aux justiciables, les écouter avec attention, et donner suite à leurs doléances. Une petite révolution dans le monde judiciaire: un procureur qui écoute, c’est rare, mais l’on peut également mettre cette avancée sur le compte du «Nouveau Concept de l’Autorité», voulu et initié par le Souverain.

Nous continuons donc avec le nouveau poste créé récemment, à savoir président du parquet, qui n’en finit pas de défrayer la chronique judiciaire, car c’est quand même une création juridique assez complexe. Surtout quand, dans la presse, on lit que ce haut fonctionnaire vient de donner ses premiers ordres, et commence son action effective. Parmi les recommandations adressées à ses troupes, l’on constate que la première directive concerne l’accueil des citoyens, ce qui peut sembler puéril, mais il n’en est rien. Quiconque a eu l’occasion de fréquenter les sections pénales dans nos tribunaux a pu constater combien cet accueil était exécrable. Pour le citoyen lambda, se retrouver dans la salle d’attente d’un simple substitut équivaut au premier degré d’une savante orchestration de la descente aux enfers. Alors qu’en principe, toute personne convoquée en ces lieux, quand bien même pèserait sur elle des soupçons graves, est encore «présumée innocente». La mise en accusation ou l’inculpation ne valant pas culpabilité… Sauf chez une large majorité de nos vaillants procureurs ou substituts. En général, eux, ils ne se cassent pas la tête: si quelqu’un leur est déféré (terme juridique de la présentation au parquet), il est forcément coupable des faits qu’on lui reproche; pour eux, le travail d’enquête a déjà été fait pas les services de police, et la personne qui est devant eux ne l’est pas par hasard.

On a souvent entendu des substituts lancer à des prévenus qui clamaient leur innocence : «Alors toi, tu es là par hasard en fait ; les policiers, qui s’ennuyaient sans doute, ont décidé de t’interpeller et de te ramener ici…en même temps que les dizaines de grammes de cannabis qui, curieusement, se trouvaient dans ta poche ?» Le substitut ne cherche alors pas à approfondir la chose (alors que c’est pourtant son rôle), il balaie d’un geste auguste de la main (comme celui du semeur) les dénégations et autres protestations d’innocence, et conclut : «Bien, moi je te mets en détention provisoire, et tes arguments, tu pourras toujours les présenter au magistrat qui jugera ton affaire». (Pour rappel, le vouvoiement n’existe pas en langue arabe, et donc ce discours vaut aussi bien pour les criminels endurcis et délinquants chevronnés que pour ceux poursuivis pour des délits économiques). Ambiance. Le credo du parquet d’avant, c’était l’incarcération à tout-va. «On emprisonne tout le monde, les innocents finiront par sortir», comme dirait l’autre. Les nouvelles directives veulent changer cet état de fait, et les mentalités qui vont avec.

Désormais, les représentants du parquet devront donc réserver un accueil convenable aux justiciables, les écouter avec attention, et donner suite à leurs doléances. Une petite révolution dans le monde judiciaire: un procureur qui écoute, c’est rare, mais l’on peut également mettre cette avancée sur le compte du «Nouveau concept de l’Autorité», voulu et initié par le Souverain. Et il ne faudra pas se contenter d’ouvrir grandes les oreilles: les membres du parquet sont également invités à accorder toute priorité aux affaires qui retiennent l’attention de l’opinion publique, comme les rapts d’enfants ou les braquages de banques. Enfin, nouveauté suprême : le parquet devra communiquer régulièrement afin de tenir la population informée des développements des enquêtes ou des procès en cours. On l’a d’ailleurs constaté ces derniers temps, lorsque l’on voit sur les écrans de télévision, l’honorable Me Mattar, procureur général du Roi près la Cour d’appel de Casablanca, faire son communiqué de presse quasi quotidien, concernant le procès relatif aux événements d’Al Hoceima.

La création du poste de président du parquet est donc une bonne chose, et une avancée dans le domaine judiciaire. Dès lors que le titulaire du poste est une personnalité connue pour sa droiture morale et son expérience professionnelle, cela devient une garantie pour les citoyens, que la justice sera bien rendue, et contribuera sans doute à gommer peu à peu l’image peu reluisante que la population se faisait du «Noyeur», comme étaient surnommés les représentants du parquet.

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