Combattre la corruption passe par l’école
19 septembre 2008
Zakarya Fahim (8 articles)
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Combattre la corruption passe par l’école

Les moins de 20 ans considèrent que la corruption est un mal inévitable. Souvent contaminés par l’ancienne génération, ils considèrent que la triche est l’apanage des personnes douées pour la réussite. Le changement des mentalités passe par un énorme travail d’éducation à  l’école, et peut-être un jour nos enfants inciteront-ils leurs aînés à  recommencer à  rêver d’un monde propre.

Quelle ne fut ma surprise quand, face aux lycéens venus découvrir le stand de Transparency Maroc, lors du 3e Forum des métiers organisé par le CJD dans l’enceinte du lycée Mohammed V, je lus dans leurs yeux et leurs propos cette acceptation de l’inacceptable. Ces jeunes qui constituent la relève, l’avenir, étaient blasés et parlaient de la corruption comme d’une chose banale.

Pourquoi des jeunes qui n’ont pas encore 20 ans ont-ils dejà baissé les bras et pensent-ils que la corruption fait partie de notre quotidien, qu’elle est irréversible. Pourquoi, si jeunes, ne parlent-ils que d’argent et méprisent-ils les valeurs, notamment celles du travail, de la solidarité, de l’honnêteté.

Ils pensent que la triche n’est pas une gangrène, mais l’apanage des malins. A force de voir leurs aînés mesurer leur pouvoir au nombre de zéros sur leur compte bancaire ou de résidences qu’ils possèdent, et convaincus que l’argent est une fin en soi, ils en oublient que cela ne peut se faire à n’importe quel prix, et surtout pas en omettant de payer ses impôts ou en obtenant des passe-droits moyennant finance.

L’acceptation sans états d’âme de la corruption par nos jeunes est un signal. Car, rappelons-le, la corruption tue. L’écroulement de plusieurs immeubles neufs ou en cours de construction, avec les morts qui en ont résulté, est là pour nous le rappeler. Youtube, avec le célèbre clip de Targuist, a mis en image, au-delà du microcosme marocain, le niveau de la corruption.

Tout cela pour dire qu’il faut agir vite. La mise en place de l’Instance centrale de prévention de la corruption s’inscrit dans cette logique. En effet, le nouveau classement mondial du Maroc en matière d’indice de perception de la corruption, en 2007, est un mieux par rapport à la dégradation continue enregistrée depuis 2002 . Le Maroc est ainsi classé 72e, gagnant 7 places, tout en restant au bas du tableau, avec une note de 3,5/10.

L’amélioration de la perception de la corruption est liée à la ratification récente de la convention des Nations Unies, au lancement de réformes législatives sur la déclaration du patrimoine et à l’adoption cet été du décret portant création de l’Instance centrale de prévention de la corruption. Mais le citoyen lambda doit prendre conscience de l’importance de son implication pour la réussite de ce challenge.

S’agissant de la corruption la plus visible, celle que nous côtoyons dans la rue, quand par exemple un conducteur a, impunément, dépassé la vitesse limite, ou n’a pas respecté une priorité, il est possible de trouver des solutions simples.

Mais tout cela n’a de sens que si c’est porté par des hommes et des femmes volontaires et prêts à s’engager sur le moyen terme sans retour en arrière. Le dénominateur commun, ce sont l’exemplarité et la volonté de transmettre ce virus au plus grand nombre en focalisant sur les jeunes qui sont nos meilleurs ambassadeurs pour réussir ce challenge.

Nous devons par ailleurs rapidement expérimenter et généraliser dans l’administration la rémunération variable, basée sur la performance, au début pour le front office, et ce en vue de séparer le bon grain de l’ivraie. Gagner plus en travaillant plus doit être une réalité sur tous les fronts, public et privé. En parallèle, il faut accélérer le déploiement du e-gouvernement et réduire le contact entre l’administré et l’agent administratif.

Tout ce qui peut être produit et remis directement à l’administré doit l’être. L’implémentation de la signature électronique donnera le ton et le cadre. On ne conservera à terme le contact que pour du conseil spécifique à valeur ajoutée ou pour traiter des opérations complexes. En renforçant la reconnaissance des collaborateurs du front office, on améliorera leur productivité et donnera plus de visibilité à leur travail de conseil.

La contagion positive n’est pas un leurre, il faut juste mettre la machine sur les rails. Nous pouvons élire le meilleur fonctionnaire de l’année avec des nominations par régions. Personne ne voulait croire au début à Wikipédia (encyclopédie collaborative en ligne, universelle et multilingue), fonctionnant avec un système wiki, aujourd’hui la question ne se pose plus. Là aussi, l’utilisation des NTI, SMS et/ou Internet permettra de faire participer tout un chacun, quel que soit son lieu de vie, à la revalorisation du service public, un pilier pour une meilleure équité sociale.

Il est important d’agir en amont, comme dans le privé, où les meilleurs agents de recouvrement ont une participation sur les sommes encaissées. Il serait opportun d’accorder un pourcentage des entrées en instaurant la retenue à la source au profit des agents sur les recettes des contraventions. Le plus important, c’est de motiver tout en étant dans une logique win-win.

Il faut montrer, par un signal fort, que les passe-droits sont révolus, que la transparence est une vertu et un atout pour un pays qui veut consolider sa marche vers un développement pérenne. Que payer ses droits est un devoir que l’on accomplit sans hésiter.

Concernant les agents de la circulation, le respect de la loi par tous les mettra au chômage technique, à l’instar de ce qui se passe dans les pays du Nord, où ce profil de policier n’existe plus qu’au cinéma. Nos agents pourront alors se tourner vers des tâches porteuses de sens. Par exemple aller à la rencontre des petits au sein de l’école. Car si l’entrepreneur commence à se développer dès l’école, c’est encore plus vrai pour le futur citoyen. Les agents partageront avec les élèves leur passion, leur métier et leur montreront comment, ensemble, on peut apporter plus de sécurité et de solidarité à toute la communauté.

En contrepartie, et après une période de transition, d’accompagnement et d’information, la justice devra être exemplaire contre les ripoux.
Arrêtons de croire que l’honnêteté est une relique, que la corruption est inévitable. Nos enfants, grâce à l’école, peuvent accélérer la mise à niveau de leurs aînés, blasés mais souvent encore capables de rêver si nous leur en donnons l’occasion.

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