Brûler ses bateaux…
22 janvier 2018
Saad Benmansour (1059 articles)
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Brûler ses bateaux…

L’hésitation et les amalgames qui ont accompagné l’entrée en vigueur du nouveau régime de change sont un échantillon réduit mais très révélateur de tout le tort qui peut découler d’un manque de communication et surtout d’un défaut de pédagogie.

Le problème n’est pas tant dans le volume ou la fréquence de l’information mais dans sa qualité et sa teneur. Sur ce dossier du régime de change en particulier, on assiste aujourd’hui, comme il y a six mois d’ailleurs, à deux types de discours qui s’installent dans le paysage.

Le premier discours est trop technique, fait par et pour des initiés et pas n’importe lesquels, puisque même parmi ces initiés, très peu cernent parfaitement et complètement une question aussi compliquée et complexe que la politique de change. Ce discours n’est compris que par une frange infiniment réduite et n’est pas particulièrement utile.

A l’autre extrémité, un autre discours prend place et où l’on retrouve du négativisme et des idées parfois complètement erronées mais qui trouvent des échos auprès du large public. Entre ces deux extrémités, un vide sidéral en matière d’information. Au moment de lancer une réforme de cette envergure, le gouvernement savait pertinemment le genre de réactions que cela allait susciter. Aujourd’hui, la réussite de cette réforme passe inévitablement par un effort d’information pédagogique, didactique et simple pour démystifier au citoyen ce que d’autres peuvent lui présenter comme une menace majeure pour l’économie.
A court terme, la «flexibilisation» du Dirham sur une petite bande large de 5% n’est pas une révolution et ne va affecter que de manière réduite le quotidien des Marocains. Ce qu’il faudrait leur expliquer, en revanche, c’est qu’il ne s’agit là que du premier petit pas dans un processus qui va durer au moins 10 ou 15 ans et qui devrait aller inexorablement vers une plus grande libéralisation du Dirham, peut-être pas totale, mais en tout cas avec une bande de fluctuation bien plus importante. Il faut expliquer aux Marocains que la menace de dépréciation du Dirham et de flambée des prix est réelle sur le long terme, certes, mais pas inévitable. Au contraire, la décision du Maroc d’amorcer la libéralisation du Dirham le condamne à rebâtir d’ici là une économie forte et compétitive, à laquelle sera adossé le Dirham, pour résister aux chocs éventuels futurs. Une économie forte et résiliente est forcément créatrice de plus d’emplois et de plus de valeur ajoutée au bénéfice, évidemment, des Marocains.

C’est exactement le même scénario d’il y a 20 ans quand, au milieu des années 90, le Maroc avait pris la décision, jugée à l’époque comme suicidaire, de sceller l’accord d’association avec l’Union européenne.

C’est bien cette décision qui l’a condamné à entamer le fameux plan de mise à niveau pour immuniser son tissu économique contre la déferlante européenne que l’opinion publique craignait. Au final, brûler ses bateaux peut être le début d’une belle conquête…

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