Accès des handicapés aux bâtiments publics : les tribunaux sont aussi hors la loi
12 décembre 2016
Fadel Boucetta (344 articles)
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Accès des handicapés aux bâtiments publics : les tribunaux sont aussi hors la loi

la conception des tribunaux, au demeurant architecturalement réussie, fait peu cas de l’utilisateur, qui est pourtant le premier concerné. On a ainsi souvent assisté à des scènes où des justiciables handicapés avaient les plus grandes peines du monde à rallier la salle d’audience.

Ces derniers temps, il est beaucoup question de personnes handicapés, de personnes à mobilité réduite et de leur possibilité d’accès aux bâtiments publics. Après des années de discussions, de palabres tous azimuts, on ne peut que faire nôtre ce constat : si l’enfer est pavé de bonnes intentions, on peut en dire autant, quant à la volonté réelle de certains décideurs…, en particulier dans le domaine de la justice. Celui-ci est composé par les différents tribunaux de la ville de Casablanca, qui comprend, donc, un tribunal de première instance, une Cour d’appel et un tribunal administratif. Disons-le d’emblée: le constat est alarmant.

Au-delà des beaux discours d’apparat, rien n’est fait dans nos tribunaux pour en faciliter l’accès et l’usage aux personnes «à mobilité réduite», selon l’expression consacrée. Commençons par le principal tribunal de la ville, celui situé en face de la wilaya…et du futur grand théâtre de Casablanca. Pour constater que les Casablancais de demain auront plus de facilité pour se divertir, se cultiver ou se distraire, en se rendant au théâtre, que pour régler de menues affaires quotidiennes, mais indispensables pour la vie quotidienne: extrait de mariage, actes de naissance, certificats de nationalité, etc., sont délivrés par des services administratifs logés au sein du tribunal. Pour accéder à ce dernier, une bonne santé s’impose, ainsi qu’une mobilité parfaite. Il faut au moins ces qualités pour affronter (par beau temps comme sous la pluie) l’escalier monumental qui donne accès …non au tribunal proprement dit, mais à une vaste salle des pas-perdus, et d’autres esplanades fort jolies, mais non fonctionnelles. Pour accéder aux principales salles d’audience, (la salle 1, la 2 ou les salles 3, 4, ou 5), pour aller visiter un magistrat en son cabinet, pour voir le président du tribunal, il faut prévoir quelques montées et descentes tous les cinquante mètres : à croire que les architectes de ces lieux entendaient fatiguer le justiciable physiquement, avant de l’épuiser moralement !

On peut d’ailleurs faire la même remarque concernant les autres tribunaux de la ville. Leur conception, au demeurant architecturalement réussie, fait peu cas de l’utilisateur, qui est pourtant le premier concerné. On a ainsi souvent assisté à des scènes où des justiciables handicapés avaient les plus grandes peines du monde à rallier la salle d’audience. On a aussi vu (cas exceptionnel) un magistrat tenir audience dans la cour centrale du tribunal, assisté de son greffier et d’une secrétaire, car les parties du dossier concerné étaient toutes deux handicapées. Et donc, en termes d’accessibilité, bien des choses restent à faire dans nos tribunaux. Il ne s’agit pas de tout casser et de reconstruire de nouveaux édifices. Il s’agit de prendre conscience du problème pour les édifications à venir, en aménageant des rampes d’accès, par exemple, et d’essayer de modifier certains aspects : comme regrouper tous les dossiers concernant des personnes handicapées, et les programmer dans des audiences spécifiques qui se tiendraient systématiquement au rez-de-chaussée des tribunaux. C’est une simple mesure d’ordre pratique, qui ne coûterait rien au contribuable, mais qui simplifierait la vie à des milliers de personnes. Alors, on pourra parler d’«accessibilité», et prendre en exemple le plus grand des tribunaux du pays, qui aura gagné en innovant au profit d’une certaine catégorie de la population. En attendant ce jour, les centaines de personnes handicapées ayant à traiter quelque affaires au tribunal, continueront de vivre le martyr au quotidien, le déplacement, puis l’accès au tribunal, leur causant autant de soucis (ou presque) que les affaires qu’ils y vont traiter !

Ce problème ne se limite pas qu’aux seuls tribunaux de Casablanca. On peut ainsi constater d’une manière générale que les bureaux des magistrats, dans tous les tribunaux, sont situés dans les étages supérieurs comme au tribunal de commerce. Or, l’accès (encore une fois) aux juges est primordial pour une saine administration de la justice : le justiciable désire savoir qui statuera dans son affaire, ou, en d’autres termes, «à quelle sauce il sera mangé»… Et s’il n’arrive pas à voir le juge (avant ou après l’audience), donc en son cabinet, ce qui n’est pas interdit, il aura immanquablement le sentiment que son dossier n’a pas été suffisamment explicité aux magistrats, d’où les jugements négatifs rendus. Espérons donc que la notion d’accessibilité fasse son chemin dans les esprits et devienne une réalité, au moins dans les tribunaux du Royaume.

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