Traduire : un pas vers l’altérité
1 novembre 2017
Fadwa Misk (309 articles)
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Traduire : un pas vers l’altérité

Traduire est un programme initié par le pôle livre de l’Institut français du Maroc. Des textes de grande qualité littéraire et intellectuelle sont en cours de traduction du français vers l’arabe par des traducteurs marocains.

Nous l’aurons souvent entendu : l’intégralité du monde arabe traduit moins que l’Espagne ou, plus récemment, la Grèce. La problématique de la traduction est sans cesse posée dans le milieu intellectuel marocain, avec les entraves liées à l’édition des œuvres traduites et l’absence de politique publique structurante globalisée du domaine.

Conscient du rôle crucial de la traduction des savoirs en sciences humaines et des littératures, dans le développement d’une interculturalité, ainsi que pour contribuer à l’élaboration d’une stratégie, le pôle livre de l’Institut français du Maroc a mis en place le programme Traduire, censé porter vers la langue arabe des textes fondateurs de la pensée française. Il s’agira de textes classiques de la littérature française, mais également de «textes contemporains, afin de favoriser un  dialogue sur les grandes questions qui secouent notre époque», explique Amina Meddeb, responsable du pôle. Ceci permettra de «mettre à la disposition des écrivains et penseurs arabophones des références élargies sur les productions venues d’ailleurs» et pourquoi pas améliorer «l’échange entre arabophones et francophones pour  dépasser les conflits et les malentendus, ainsi qu’une  infructueuse concurrence», ajoute Amina Meddeb.

Pour l’accessibilité

«Plus de 82% des publications au Maroc se font aujourd’hui en langue arabe», nous dit Kenza Sefrioui, éditrice d’ouvrages en langue française. Consciente de ce fait, elle s’inscrit dans le programme Traduire, parce qu’elle veut «absolument offrir au lectorat marocain des textes valables de grande qualité, de la littérature française, à partager et à réfléchir». Publiant essentiellement des essais, le choix de l’éditrice s’est porté sur le livre de Patrick Boucheron, «Ce que peut l’histoire», qui est sa leçon inaugurale au collège de France.

Pour l’éditrice, traduire est essentiel, mais ce ne serait qu’une étape dans ledit programme, car «suivra la promotion du livre. Publier dans la langue de la majorité ne veut pas dire que le livre va accéder à son lectorat. Il n’y a malheureusement pas assez de diffusion du livre, trop peu de bibliothèques, trop peu de librairies, de passeurs de livres. Il y aura donc tout un travail de sensibilisation auprès des institutions, des écoles et des librairies, pour faire la promotion des livres traduits», étaye l’éditrice. A terme, la maison d’édition ambitionne de créer une collection qui puisse «faire venir des écritures du monde entier vers la langue arabe, pour enrichir nos lectures de tout ce qui fait l’actualité de la pensée».

Le Maroc, centre de traduction

On ne le cache pas. L’ambition à long terme du programme Traduire est de «faire du Maroc le centre de la traduction du français vers l’arabe pour le monde arabe, en raison du bilinguisme actif des traducteurs». Jalal El Hakmaoui est l’un de ces traducteurs en charge de traduire des textes de grande qualité, dont ceux de Patrick Boucheron, Nancy Huston ou Patrick Chamoiseau. Pour lui, «l’intérêt du programme est stratégique, car le Maroc peut être une plateforme incontournable de traduction de la culture française, pour peu que les pouvoirs publics prennent cet atout en considération». En effet, le bilinguisme des auteurs marocains permet de miser sur des traductions de meilleure qualité que celles réalisées en Orient.

Pour renforcer les compétences dans le domaine, le programme Traduire va participer à la formation de traducteurs qualifiés, en partenariat avec les universités marocaines, d’une part, pour assurer la bonne qualité des textes traduits, et, d’autre part, pour inscrire la traduction comme tradition dans l’édition marocaine, qui sera encouragée par des subventions.

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