Livremoi, ou la petite histoire d’une librairie électronique
8 juin 2018
Fadwa Misk (370 articles)
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Livremoi, ou la petite histoire d’une librairie électronique

Avec une croissance constante et un catalogue de plus de deux millions de livres, la librairie Livremoi est un exemple de réussite. Après la plateforme électronique, la librairie physique propose des activités diverses pour être au plus près des besoins de ses clients.

Quoi que l’on dise sur la faiblesse de la lecture au Maroc, ce plaisir solitaire connaît un engouement particulier durant le mois sacré de Ramadan. Pour des raisons de disponibilité de temps et/ou de besoins spirituels, le Marocain se rue sur la lecture pour éclairer des zones d’ombre, s’inspirer ou se nourrir de grandes idées. C’est statistiques à l’appui que nous le confirme Caroline Dalimier, cofondatrice et cogérante de la librairie Livremoi. Sur la plateforme en ligne fleurissent des commandes de tout genre, avec une prédilection pour le rayon bien-être et spiritualité. La disponibilité des titres et la rapidité de livraison des ouvrages non disponibles, mais surtout la facilité de commander en ligne, font de la plateforme web la meilleure formule d’achat de livres. Huit ans après son lancement et malgré les difficultés du secteur, Livremoi.ma s’impose comme un modèle à suivre pour l’ensemble de la profession.

Une vitrine virtuelle

Bien que relativement récente, la commande de livres en ligne est un procédé installé dans les habitudes des lecteurs, au point qu’il est difficile aujourd’hui de s’imaginer sans. Pourtant, il y a huit ans, l’idée de lancer une librairie électronique relevait de l’absurde. «L’idée d’une librairie électronique s’est imposée à mon conjoint et à moi, face au constat récurrent que nous ne trouvions pas les livres que nous cherchions dans les librairies marocaines. A l’époque, les sites marchands n’existaient pratiquement pas, mais nous étions certains que le besoin était réel chez le lectorat marocain», nous indique Caroline Dalimier.

Le couple français s’investit alors dans une sorte de vitrine virtuelle, avec des milliers de références non disponibles sur le marché. La plateforme proposait des livres en stock et le service d’import d’ouvrages inaccessibles. Il faut souligner qu’à l’époque, les cartes bancaires internationales et le recours aux sites marchands étrangers étaient également problématiques. Malgré la méfiance vis-à-vis de la vente en ligne et le fait que le pays ne soit pas totalement bancarisé, livremoi.ma est né et a séduit dès le premier jour. «Dans une culture où l’on est davantage habitué au paiement différé, il était un peu difficile de convaincre le client de payer à l’avance et d’attendre son produit. Même aujourd’hui, beaucoup de gens commandent en ligne, mais règlent en espèces sur place, une fois le livre reçu. Cela dit, nous avions reçu la première commande le premier jour de lancement et nous connaissons depuis une croissance stable, qui est de 20% aujourd’hui», confie la libraire.

Spécificité du web

Une croissance qui n’est pas sans séduire, puisque la librairie en ligne a vite profité du fonds d’investissement Maroc Numeric Fund, ainsi que de l’appui de deux actionnaires, dont un éditeur et un mécène sensible à la cause du livre. Ce soutien a permis aux libraires de créer la librairie Livremoi, dont la création s’est imposée comme une nécessité pour ancrer la librairie électronique et rassurer le client encore réticent. Drôle de renversement de situation, la boutique fait aujourd’hui office de vitrine réelle à la plateforme web. On y organise des rencontres, des lectures et des ateliers divers pour se rapprocher des besoins des lecteurs.

Il va sans dire que la librairie électronique a donné accès au lecteur marocain au marché mondial, d’où une certaine évolution dans les habitudes d’achat de livres. Selon Caroline Dalimier, «la grande tendance aujourd’hui, c’est les livres de bien-être et de spiritualité. C’est une littérature peu développée au Maroc, d’où le recours à l’import», et par conséquent au service de commande sur internet. Pour le reste, «il y a la fiction qui tourne autour de 25% des commandes, ne s’éloignant pas de la tendance mondiale, puis les essais de tout genre: Le Marocain est un grand lecteur de sciences humaines», nous confirme la libraire.

Grâce au service de livraison de la librairie en ligne, les commandes proviennent de partout. Si l’axe Casablanca-Rabat reste en sommet des ventes, probablement en raison de la bancarisation plus développée qu’ailleurs, les requêtes proviennent en second lieu de Fès, Meknès, puis Marrakech, Tanger, El Jadida, Safi, Agadir… «L’on est parfois surpris de recevoir des commandes de petits villages lointains qu’on doit chercher sur google map, mais également de villes comme Tanger dans laquelle il existe plusieurs grandes librairies», détaille Caroline Dalimier.

Pour la libraire, faire parvenir des livres à des endroits où il n’y a pas de librairies est autrement gratifiant. «On se sent forcément plus utile pour ces clients-là que pour une clientèle casablancaise qui a plus ou moins l’embarras du choix. Et les clients nous le rendent bien, car malgré ce qu’on peut croire, nous avons un contact réel avec nos clients en ligne. Nous recevons souvent des messages de remerciements en guise d’accusé de réception. Pensez-vous qu’Amazone reçoit des messages de la sorte?», dit-elle avec le sourire grand.

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