Le rapport de la Fondation Al Saoud sur le livre au Maroc
2 mars 2017
Fadwa Misk (301 articles)
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Le rapport de la Fondation Al Saoud sur le livre au Maroc

En marge de la 23e édition du Salon international de l’édition et du livre, la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines a présenté son rapport annuel sur l’état de l’édition et du livre dans les domaines de la littérature, des sciences humaines et sociales. Le rapport souligne une évolution record des livres philosophiques et religieux.

Deuxième édition d’une initiative qui se veut pérenne, le rapport annuel sur l’état de l’édition et du livre (2015/2016) a apporté des éclairages intéressants quant à la réalité de l’édition au Maroc, tout en soulignant quelques tendances significatives par rapport aux chiffres du rapport précédent (2014/2015).

L’étude se veut certes un outil destiné aux chercheurs, aux médias et au grand public curieux de l’état des lieux du secteur de l’édition et du livre, mais elle sert d’abord à mettre fin aux jugements approximatifs, basés sur des impressions ou des chiffres erronés et des statistiques inexactes. Données que l’on retrouve, malheureusement, publiées dans les rapports d’institutions internationales «crédibles» et qui sont donc admises comme des certitudes.

La caravane du livre

Pour juguler les à-peu-près des statistiques traditionnelles, basées sur des dépôts légaux, l’équipe en charge de la rédaction dudit rapport s’est basée exclusivement sur les publications acquises tout au long de l’année, au niveau du marché local dans les différentes régions du Maroc. Il s’agit donc de publications qui sont physiquement disponibles au sein de la fondation et non de publications présumées sorties dans l’année.

Pour ce faire, une caravane a sillonné le Maroc pour collecter tous les ouvrages et revues publiés dans les domaines de la littérature et des sciences humaines et sociales. Le but de la caravane est d’atteindre des régions où le livre est publié et vendu localement, loin de l’axe Casablanca-Rabat, ce qui représente pas moins de 886 livres, dont 481 récoltés dans la région nord du Royaume (Kénitra, Meknès, Fès, Oujda, Nador, Hoceima, Tétouan et Tanger) et 405 dans la région sud (El Jadida, Safi, Essaouira, Agadir, Tiznit, Taroudant, Marrakech et Settat).

Au bilan de ce recensement de l’activité éditoriale marocaine, au titre de l’année 2015/2016, quelque 3 304 documents ont été repérés, dont  2 807 ouvrages et 497 numéros de revues académiques et culturelles, soit une augmentation de 19% par rapport à l’année 2014/2015. Il ne s’agit pas exclusivement de publications de maisons d’édition au sens propre, mais de tout organisme auteur d’activité éditoriale, comme les fondations et les institutions étatiques ou privées, les centres culturels ou même les communes…

L’arabe et la théologie

Comme précisé par Mohamed-Seghir Janjar, directeur de la Fondation Al Saoud,  l’objectif de l’étude est non seulement de fournir des chiffres, mais également d’en faciliter la lecture. Parmi les enseignements tirés des statistiques recueillies, le rapport souligne la consolidation du processus d’arabisation du secteur de l’édition. En effet,  82,5% des publications recensées en 2015/2016 sont en langue arabe, contre 14,5% en français. Le rapport traduit cette tendance par «l’élargissement et la généralisation de l’instruction publique, et, d’autre part, avec l’accroissement du nombre d’étudiants accueillis par les universités dans les branches littéraires et en sciences humaines et sociales». L’on apprend également qu’à l’instar de l’année précédente, la création littéraire occupe une place centrale dans le champ éditorial marocain, avec 25% de l’ensemble de la production des livres. «Ce chiffre reste pourtant en-deçà de ce qui se fait dans des pays européens, mais cela est dû à la grande tradition littéraire dans ces pays, contrairement au Maroc», précise Mohamed-Seghir Janjar. Il est à noter, cependant, que l’édition de la poésie reste importante au Maroc, contrairement à la tendance mondiale qui accorde peu de place à l’édition poétique.

Autre constat : le bilan de l’édition philosophique marocaine de l’année 2015/2016 a été nettement plus important que celui de l’année dernière. Une augmentation de 45% des ouvrages philosophiques a été notée cette année avec une plus grande diversité des traditions philosophiques et auteurs étudiés, des œuvres traduites et des questions philosophiques traitées.

Fait intéressant, également, celui de la nette évolution de l’édition du livre religieux et de la culture religieuse. Car, jusqu’à la fin du siècle dernier, le Maroc s’est contenté d’importer les livres religieux du Moyen-Orient, où la pensée islamique a subi peu à peu l’influence d’un fondamentalisme religieux puissant.

274 titres ont été publiés au cours de l’année 2015/2016, dont 63 titres sur la tradition soufie, 49 ouvrages sur les études coraniques. L’édition de contenu marocain par des auteurs marocains est sans doute un élément essentiel dans la consolidation d’une idéologie modérée basée sur des valeurs locales.

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