La médersa Attarine fait une pause restauration
10 septembre 2004
Lavieeco (25050 articles)
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La médersa Attarine fait une pause restauration

Symboles du dynamisme religieux de la dynastie mérinide, de nombreuses médersas ont été édifiées
à Fès. Parmi elles, la médersa Attarine a porté l’art mérinide à son summum. Rançon de la fascination qu’elle exerce, ce chef-d’œuvre a aujourd’hui besoin d’être restauré pour réparer outrages du temps
et stigmates d’une fréquentation assidue.

Apeine le jour point-il que le ciel fassi se couvre d’un bleu de la plus belle eau. La température est encore clémente, la médina, indolemment assoupie, se laisse bercer par une brise parfumée. C’est l’heure indiquée pour prendre la mesure du splendide héritage mérinide. Loin du bruit et de la fureur. Au cœur de ce Fès el Bali si grandiose, si vulnérable.
En 1212, les Espagnols remportent – à domicile – la victoire décisive de Las Navas de Tolosa. L’Empire almohade ne s’en relèvera pas. Son autorité s’émiette en Andalousie, tandis que les rois de Castille, de Navarre et d’Aragon poursuivent la Reconquête. De l’autre côté du Détroit, au cœur même de l’empire, plusieurs clans s’arrogent un pouvoir de fait. La tribu nomade des Bani Marin, elle, a entrepris la conquête du pouvoir. En 1250, elle s’empare de Fès et la proclame capitale de l’empire. Sous son égide, elle devient une cité phare où prospèrent le commerce et les échanges menés jusqu’en Chine, en Inde, en Perse. Mais surtout, les souverains mérinides se révéleront de prodigieux bâtisseurs.

Les médersas initialement destinées à contrer le pouvoir des confréries locales
Sous leur impulsion, mosquées et riads s’élèvent à foison, irradiant un raffinement extrême, tout en harmonie, en symétrie et en beauté. Mais le coup d’éclat de ces pieux bâtisseurs fut incontestablement la création de médersas, fondations religieuses à vocation pédagogique, destinées à contrer le pouvoir des confréries locales et à répandre leur doctrine malékite. Ils en érigèrent sept à Fès. Aujourd’hui, certaines, telle la médersa Seffarine, sont toujours en activité, la plupart sont dévolues aux hordes de touristes, quelques-unes sont en cours de restauration. Toutes constituent de merveilleux sites. Toutes sont bâties sur le même principe. Au-dessus d’une cour carrée, décorée d’une fontaine, se trouvent des galeries où s’ouvrent les cellules des étudiants. Une salle de prière, faisant aussi office de salle d’enseignement, ouvre sur l’un des côtés du patio.
Dès qu’on pénètre dans une médersa, on est vite transporté par son atmosphère empreinte de sacré. Et l’on sent une présence, une transcendance. Mais au-delà des sensations éthérées qu’elles ont le don d’exhaler, les médersas distillent, chacune, une vibration particulière. Abdeljalil, un taleb qui poursuit depuis six ans ses études coraniques à la médersa Seffarine, en est si friand qu’il occupe ses moments de loisir à visiter ces édifices lumineux. «J’ai passé les examens et j’attends les résultats qui seront, grâce à Allah, positifs. A part les prières, je n’ai rien à faire. Et pour meubler le temps, je fréquente les médersas. J’y passe des heures sans jamais m’en lasser». Originaire de Sidi Bennour, Abdeljalil voulait devenir imam. Mais ses parents, qui manquaient du nécessaire, n’étaient pas en mesure de lui assurer les frais de scolarité. Des âmes charitables s’en sont chargées et continuent de le faire.
Nous emboîtons le pas au futur imam, qui se révèle un mentor avisé. Les splendeurs défilent à un rythme haletant. Nous retenons notre souffle tant l’émotion est intense. Deux médersas nous en mettent particulièrement «plein la vue» : la médersa Sahrij avec ses lignes parfaites et sa rigoureuse géométrie, et la médersa Bouanania, par sa façade en stuc ciselé. Du grand art. «J’ai laissé le meilleur pour la fin. Toutes les médersas sont belles, mais celle des Attarine est proprement sublime, grâce à Allah.» Aussitôt, nous nous engageons dans la rue Attarine. Menthe, safran et cardamome mêlent leurs parfums entêtants, quand on plonge dans le souk du même nom. S’étirant sur 600 m, le souk Attarine n’avait pas, par le passé, son pareil dans le monde entier. Il comprenait 170 boutiques, spécialisées à l’origine dans la vente des produits de médecine et d’épicerie. Aujourd’hui, seules quelques drogueries traditionnelles susbsistent et le souk a perdu une bonne part de son identité.

La Attarine, une médersa édifiée sous le règne d’Abou Saïd, vers 1325
Tout au bout de la rue Attarine, dont elle tire son nom, se niche la médersa. Dès l’abord, quiétude et douceur pénètrent le visiteur. Comme un contrepoint à l’agitation de l’extérieur. «Une entrée coudée s’ouvre sur un vestibule menant à un escalier qui donne accès à trente petites chambres d’étudiants situées à l’étage, et sur un patio bordé de galeries menant à la salle de prière. Une baie en bois tourné, moucharabieh, donne sur la cour qui renferme une vasque en marbre aux contours découpés.
Les deux galeries à cinq baies présentent un agencement original : arcades en bois reposant sur d’épais piliers tapissés de lambris de mosaïque de faïence et de plâtre ciselé, arcades latérales, reposant, elles, sur de frêles colonnes de marbre couronnées de chapiteaux du VIIIe XIVe siècle.
La salle de prière, dont l’entrée est bordée de panneaux de zellige, et dont les écoinçons sont décorés de motifs floraux rarement utilisés à l’époque, s’illustre par la décoration de son mur. La baie du mihrab, creusée dans le mur, est entourée d’un panneau de plâtre ciselé et est surmontée de six petites ouvertures, dont quatre sont garnies de vitraux sans plomb, technique peu répandue au Maroc à l’époque.
Au milieu de la salle, sous une coupole en bois, est suspendu un lustre de bronze, contemporain à la médersa, portant une inscription louant le fondateur de l’établissement.»
C’est ainsi qu’est décrite la médersa dans l’excellent ouvrage Le Maroc andalou : à la découverte d’un art de vivre (Réalisé dans le cadre du programme Euromed Héritage de l’Union Européenne, Eddif ; Edisud, 2000).
Edifiée sous le règne de Abou Saïd en 1323-1325, la médersa Attarine forme l’un des plus grand chefs-d’œuvre de l’architecture sacrée. Des vantaux de bronze de la porte jusqu’aux colonnes de marbre et d’albâtre, des zelliges jusqu’au bassin d’ablutions, en passant par le lustre de bronze et la délicatesse des inscriptions koufiques, elle est un enchantement dont on ne se lasse pas. La preuve de la grandeur d’Allah, estime Abdeljalil. Ici, l’art et le savoir-faire mérinides ont donné le meilleur deux-mêmes. «Les Mérinides possédaient la grâce d’être guidés par la main d’Allah. Autrement, ils n’auraient pas été capables de créer pareille merveille», affirme notre taleb. Et de confesser qu’il aurait souhaité vivre au XIVe siècle. A l’époque, Fès drainait une myriade de jeunes étudiants venus des contrées lointaines du Maghreb, et d’ailleurs, en quête de savoir. Il aurait débarqué de son Sidi Bennour natal, avec ferveur et sans bagages, pour s’inscrire à la plus prestigieuse médersa : la médersa Attarine. D’autant que l’on y offrait gracieusement gîte et couvert pourvu que l’on se fût fait remarquer par sa pervérance. Abdeljalil ne semble pas en manquer.
Un site très couru par les touristes et les visiteurs
Vidée depuis longtemps de ses étudiants, la médersa Attarine est devenue un site très couru par les touristes et les visiteurs. «Je ne suis pas très versé en architecture, donc je ne peux estimer à sa juste valeur ce monument. Mais à chaque fois que je vais à Fès, je ne résiste pas à l’envie de visiter la médersa Attarine. Elle exerce sur moi un irrésistible attrait», confie ce banquier casablancais. Maintenant, il doit réfréner son désir, car l’édifice ferme sa belle porte pour cause de lifting. A force d’exposer ses charmes, la médersa Attarine a pris quelques rides disgracieuses. Un ravalement, pas seulement de façade, s’imposait. L’Agence pour la dédensification et la réhabilitation de la médina de Fès met du cœur à cet ouvrage vivifiant et le Fonds arabe pour le développement économique et social ses deniers. La sauvegarde de ce monument le méritait amplement. Il est inestimable.
Abdeljalil a réussi haut la main ses examens. Il est aujourd’hui imam dans une des mosquées de Sidi Bennour. Entre deux prières, il lui arrive souvent de se transporter par l’esprit au cœur de la médersa Attarine, ce chef-d’œuvre témoin de la grandeur d’Allah

Des vantaux de bronze de la porte jusqu’aux colonnes de marbre et d’albâtre, des zelliges jusqu’au bassin d’ablutions, en passant par le lustre de bronze et la délicatesse des inscriptions koufiques, elle est un enchantement dont on ne se lasse pas.

L’Agence pour la dédensification et la réhabilitation de la médina de Fès prend en charge la restauration de la médersa, financée par le Fonds arabe pour le déloppement économique et social.

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