Juan Goytisolo célébré à Casablanca
27 juillet 2017
Fadwa Misk (318 articles)
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Juan Goytisolo célébré à Casablanca

La Fondation Attijariwafa bank a rendu hommage, mardi 18 juillet, à l’écrivain des deux rives Juan Goytisolo. L’événement, organisé en partenariat avec l’Institut Cervantès, au niveau de l’Espace d’Art Actua, a connu la participation de plusieurs intellectuels marocains et étrangers.

Disparu le 4 juin dernier, Juan Goytisolo a endeuillé la scène littéraire mondiale et en particulier espagnole et marocaine. C’est que l’auteur a partagé sa vie et sa verve entre les deux rives de la Méditerranée, écrivant au Maroc et publiant en Espagne, en se revendiquant de l’un comme de l’autre.

Il était donc normal que «le premier hommage, depuis le décès de l’écrivain, ait lieu au Maroc où il a passé les vingt dernières années», a précisé Javier Galvan, directeur de l’Institut Cervantès et partenaire de la conférence-hommage organisée par la Fondation Attijariwafa bank, dans le cadre de son cycle de conférences «Echanger, pour mieux comprendre». Pour l’occasion, l’Espace d’Art Actua a accueilli la romancière, poétesse et essayiste espagnole Blanca Riesta, le chercheur et poète Hassan Najmi et l’écrivain et agrégé de lettres Mounir Serhani, pour témoigner devant un public d’intellectuels, d’artistes et de lecteurs.

Des souvenirs de Goytisolo

Si pour Javier Galvan, l’écrivain barcelonais était presque farouche, inaccessible et distant avec ses pairs, le poète Hassan Najmi retient la grande amitié que l’Espagnol lui témoignait depuis leur première rencontre dans les années 80. «Je garde encore avec bonheur quelques photographies que Juan avait prises de nous deux à l’occasion d’une de mes lectures de poésie, ainsi que pendant le Salon du livre de Casablanca. Je me souviens aussi tout le bonheur de Juan lorsque je lui ai offert l’adhésion honorifique à l’Union des écrivains du Maroc. Car il se sentait autant marocain qu’espagnol», se rappelle le poète.

De son côté, Blanca Riestra avoue qu’elle ne connaît Goytisolo qu’à travers son œuvre. Elle rapporte d’ailleurs sa grande influence sur la génération d’écrivains dont elle est issue. «Constamment présent dans les médias espagnols, Juan était cet auteur polémiste qui venait nous rappeler à l’ordre, questionner nos engagements d’écrivains et surtout nous faire des remarques justes, mais combien douloureuses. Cela tranchait avec la tendance de la littérature à la “peopolisation’’ que connaissait l’Espagne», soutient Blanca Riestra. D’ailleurs, la nouvelle selon laquelle il serait l’écrivain espagnol le plus traduit au monde, en 1963, l’aurait plongé dans une sorte de blues !
Mounir Serhani retient également l’apport de l’écrivain tant sur le plan littéraire et linguistique que sur le plan culturel. «Goytisolo fut un écrivain universel, en ce sens où il représentait un trait d’union entre l’Espagne et le Maroc, mais aussi entre l’Orient et l’Occident. Et jusque dans son travail de philologue, sur l’étymologie de la langue, il avait une vision interculturelle», assure Mounir Serhani. Propos étayé par Hassan Najmi qui souligne avec insistance le choix du multilinguisme dans l’œuvre de Goytisolo, qui est complètement lié à son imprégnation de la culture orale marocaine, loin du folklore et autre exotisme.

Le Maroc, deuxième pays

Alors qu’il était farouchement critique à l’égard de la politique internationale de l’Espagne, nous dit Javier Galvan, Goytisolo vouait un amour démesuré au Maroc et à Marrakech. Hassan Najmi, lui, assure que le cœur de l’Espagnol battait également pour Tanger, ville cosmopolite et haut lieu de rencontres des plus grands intellectuels qui ont traversé le pays.

Mais c’est bien à Marrakech qu’il s’est établi depuis le décès de son épouse. «Jamaa El Fna retiendra la présence de cet Espagnol parlant la darija avec un accent marrakchi et maîtrisant l’humour et la verve locale», assure Hassan Najmi pour qui le choix n’est pas étonnant compte tenu de la grande fascination de l’Espagnol par la tradition et la culture arabo-musulmane, à laquelle il a longtemps rendu hommage dans ses livres.

Mais la plus belle expression de son bon sentiment pour la ville et pour ses gens, c’était assurément l’initiative d’inscrire la place de Jamaa El Fna dans le patrimoine immatériel culturel de l’humanité de l’UNESCO. Les auteurs invités rapportent unanimement l’engagement farouche de Juan Goytisolo pour cette cause, qui a porté ses fruits en 2001.

Une chaire marocaine Juan Goytisolo ? Tel est le souhait de Javier Galvan qui nourrit l’espoir que l’écrivain engagé continue à inspirer les chercheurs et les écrivains marocains et étrangers, à travers un siège universitaire durable au Maroc. A bon entendeur!

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