FICM : Abdoulaye Konaté : «L’indépendance est comme le papillon, beau, multicolore, mais fragile»
12 avril 2017
Fadwa Misk (310 articles)
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FICM : Abdoulaye Konaté : «L’indépendance est comme le papillon, beau, multicolore, mais fragile»

L’artiste malien Abdoulaye Konaté est une figure majeure de l’art contemporain en Afrique et dans le monde. Ses travaux reposent sur le textile, avec le bazin, comme matériau de prédilection, qu’il s’approprie avec maestria. Il expose «L’étoffe des songes» à la Galerie 38 à Casablanca et à la Fondation CDG dans le cadre de «L’Afrique en capitale» à Rabat.

«L’étoffe des songes» est le nom de votre exposition à la Galerie 38. Qu’est-ce qui remplit les songes d’Abdoulaye Konaté ?

Beaucoup de choses. L’accumulation d’expériences  de travail, de visuels de créations de grands artistes. C’est aussi le rêve de travailler une nouvelle ligne esthétique par rapport aux couleurs et à la philosophie entre formes et couleurs. En parlant de couleurs, on note que le noir est très présent par rapport à d’autres expositions où les couleurs sont davantage chatoyantes. Il y a différentes gammes de noir. Cela fait partie d’un travail d’observation du ciel nocturne. La nuit où l’on a l’impression que le ciel est noir. Mais quand on observe de près, on se rend compte de la richesse des couleurs de la nuit. C’était aussi une période où je travaillais sur les techniques de transparence de Rembrandt qui arrivait à superposer les couleurs, jusqu’à arriver au noir. En outre,  j’établissais un rapport subjectif entre l’avancée du désert dans nos villes, sans que nos peuples  rendent compte, et l’avancée de la nuit.

On remarque une symétrie parfaite sur vos œuvres. Est-ce une obsession ?

Sur cette ligne en effet, car il s’agit de représentation de la présence humaine sous une forme épurée. Comme lorsque nos sœurs réalisaient des poupées avec un os de mouton. Il suffisait d’attacher un cordon à l’os pour en faire un corps.

Il y a également des figures animales dans votre exposition…

Oui, il y a une série sur les oiseaux, une autre sur les insectes et une troisième sur les papillons. Cela m’est venu pendant la Biennale d’Irlande qui fêtait ses cent ans d’indépendance. J’ai fait une sorte de rapport entre la fragilité des papillons et la fragilité de nos indépendances aujourd’hui. Le papillon est beau, multicolore, mais fragile. Comme l’indépendance est un concept beau, mais dans le fond, les peuples sont fragiles socialement et économiquement. Quant aux oiseaux, c’est une sorte de rappel de la transformation de la nature. Il y a des oiseaux que je voyais dans mon village, enfant, et que je ne vois plus aujourd’hui. Je m’acharne à les restituer dans mes œuvres.

Vous exposez parallèlement à la Galerie 38 à Casablanca, mais aussi dans le cadre de l’évènement «L’Afrique en capitale» qui  a lieu à Rabat. Exposer en Afrique a-t-il un goût différent pour vous qui exposez partout dans le monde ?

J’ai déjà exposé au Maroc pendant la première biennale, par l’intermédiaire d’une banque marocaine. Et une fois  encore dans le cadre du Festival des musiques sacrées de Fès.

Quand vous exposez à l’étranger, vous ne faites pas la différence. Personnellement, je suis à la recherche d’un public, d’une cible qui, où que j’aille, est la même au final. Bien sûr, il y a des différences au niveau des expériences culturelles et des visions culturelles. Mais l’artiste cherche justement à supprimer la frontière par ses travaux et ses créations.

L’art contemporain africain connaît un engouement dernièrement. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un intérêt réel ou d’un effet de mode ?

Je ne souhaite pas que ce soit un effet de mode. Ce que j’espère c’est que les artistes travaillent leurs sujets, la qualité de leurs œuvres. Je pense que les frontières aujourd’hui dans le domaine artistique sont ouvertes, surtout avec l’apparition des nouvelles technologies. Que l’on soit en Afrique ou ailleurs ne change rien, même si l’on arrive tous avec un bagage culturel particulier. C’est la qualité du travail qui tranche et qui fait connaître l’artiste.

L’artisanat continue à prévaloir sur l’art en Afrique. Comment peut-on passer de l’un à l’autre ?

C’est souvent une frontière très difficile à préciser, surtout dans le temps contemporain. Mais c’est une réflexion à mener. Du temps de Matisse, on disait aussi que c’était de l’artisanat.  Ce sont des débats qui vont continuer à mon sens. L’essentiel, c’est qu’est-ce que l’artiste apporte comme nouvelle création, comme contenu, comme philosophie et comme esthétique.

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