Bahaa Trabelsi traque un tueur en série
11 juin 2017
Fadwa Misk (300 articles)
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Bahaa Trabelsi traque un tueur en série

«La chaise du concierge» est le dernier roman de l’auteure et scénariste Bahaa Trabelsi. Dans cette dernière parution des Editions Le Fennec, des meurtres abominables secouent la ville de Casablanca, signés par un tueur en série fondamentaliste.

Dans un Casablanca parallèle, un concierge discret, mais profondément tourmenté, s’autoproclame justicier divin et se met à traquer le voleur, l’homo et la libertine pour leur infliger un sinistre sort. Confondant sa soif de sang et une mission révélée, il sévit dans un quartier de moyenne bourgeoisie, là où un voisinage candide s’en remet à ses mains serviables, sous les yeux embués de la police. C’est que notre assassin est malin. Fou, mais très alerte et calculateur. Sa scène de crime est étudiée, ciblée et théâtralisée, ne laissant rien au hasard. Pour ne rien manquer de la mise en scène, il signe par des versets coraniques ses abominables forfaits… charmant clin d’œil au Seven de David Fincher.

Derrière lui, Rita, journaliste libérale et acharnée, accourt à la pêche aux infos chez Abid, le commissaire de police, que la vilénie et la bassesse humaine ont transformé en alcoolo dépressif, aux besoins vicieux. Mais leur rencontre purement professionnelle se mue en relation amoureuse, qui met à nu toutes les blessures habituelles du couple.   

Au fil de l’histoire, la relation de Rita avec sa mère et sa fille reflète les contradictions et les conflits générationnels qui séparent, malgré l’amour et l’empathie que l’on peut avoir pour les membres de sa famille.

Un scénario possible

La vision développée dans ce thriller est pour le moins pessimiste. C’est que l’auteure assume avoir écrit «La chaise du concierge» pour exorciser des peurs. «Face à la bêtise qui monte et au radicalisme qui se banalise, il n’est pas du tout exclu de voir surgir un énergumène pareil, un fou de Dieu qui se croit investi d’une mission», commente Bahaa Trabelsi. Tant de fois, en tendant l’oreille, elle a surpris des ragots d’hommes, devenus peu à peu plus fondamentalistes. «Le personnage est né le jour où j’ai entendu notre concierge tenir des propos radicaux avec d’autres collègues à lui. J’ai alors pensé que rien n’empêchait quelqu’un de pousser son délire moral jusqu’au meurtre», dit-elle.

Alors elle a imaginé ce missionnaire, non sans difficultés parce qu’il fallait s’introduire dans sa tête et penser comme lui. Il lui fallait sa propre logique, son interprétation des textes, son délire systématisé et son système de signes. Pari tenu puisqu’elle l’a imaginé loup solitaire et anti-terroriste, car «les terroristes tuent des innocents de façon aléatoire, alors que lui cible ses victimes et ne suit d’autres lois que celles du Coran».

Cette solitude du jugement et de l’action a été cultivée dans le bled natal de notre tueur, dans un msid reculé où le fqih rejettait l’islam tolérant au profit d’un dogme vengeur et sanglant. Pour Bahaa Trabelsi, même si l’éducation dans l’école marocaine reste à refaire, elle participe activement à ouvrir les esprits, à inculquer le sens critique et la diversité. Si l’on ne peut tout imputer à la faillite du système d’éducation, il est certes alarmant d’en mesurer quelques conséquences directes concernant la méconnaissance de la religion vraie et la montée de l’exclusion. Reste à espérer que «La chaise du concierge» ne soit en rien prémonitoire… PS : le livre est parfaitement adaptable au cinéma.

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