Opinions

«Bien trop de femmes, dans bien trop de pays parlent la même langue : le silence.»

Tandis que le concept occidental de réforme met en relief le fait que l’adhésion
du croyant est transférée de la lettre du dogme à l’esprit
des enseignement moraux qui en découlent,
le terme «islah», lui, désigne plutôt une évolution
de l’état général de la société et
non un changement au niveau des croyances dominantes.

Tant de facteurs déterminent ce que nous sommes que la plus grande modestie
s’impose quant à la part que nous prenons dans l’écriture
de notre vie. Dans son roman, «La part de l’autre», E. Schmidt
en donne une belle démonstration en faisant évoluer en parallèle
deux histoires, l’une, réelle, et une autre, fictive, du dictateur
Adolf Hitler.

Non contente de ressasser des éphémérides à nous scier
le moral, la tradition de fin d’année se mêle aussi de nous
tracer, pour l’année à venir, des perspectives en dents de
scie. Heureusement, il y a cette autre tradition d’une large partie de l’humanité
qui se met à écrire une seule et même phrase : «Bonne
et heureuse année !»

Le déficit de gouvernance mondiale ne serait pas inquiétant s’il
n’était que juridique et transitoire. Mais ce n’est pas le
cas, car ce vide ne tient pas seulement à un manque d’institutions,
il est le résultat d’une mondialisation qui ne répond pas
à la quête de sens de nos sociétés.

En Europe occidentale, la sécularisation a bénéficié
de la naissance de la science moderne et du développement de l’économie
industrielle et marchande. Dans nos sociétés, les obstacles sont
grands du fait d’une conjoncture défavorable sur tous les plans.
Nos élites politiques seront-elles pour autant tentées de les esquiver
pour se replier sur un statu quo précaire ou s’attaqueront-elles
à la racine du problème ?

Le Maroc a besoin de gens qui travaillent pour arriver à un résultat
et d’un Etat qui se défasse de ses vieux réflexes.

Le vrai problème

Comment développer l’aptitude à entendre une pensée
opposée à la sienne ? Comment renoncer à stigmatiser l’adversaire
idéologique au profit d’un vrai combat d’idées qui dynamise
et enrichit ?

La cristallisation d’Etats-nations au Maghreb serait un obstacle à
l’intégration, avec leurs calculs égoïstes et l’affrontement
des ambitions politiques. Mais l’échec des expériences qui
ont voulu faire abstraction de l’Etat-nation dans le monde arabe ou ailleurs,
en créant des unions hâtives et artificielles, est une leçon
à méditer.

Ecouter les conversations au portable de ses voisins immédiats, partager
subrepticement leurs lectures : voilà comment on sait tout sur tout le
monde dans le train navette qui relie Kénitra à Casablanca : une
mine d’or pour une nouvelle sociologie urbaine.

Les hypothèses sur la façon dont les activistes extrémistes
parviennent à réduire au silence la majorité, mais aussi
l’élite intellectuelle, puisent dans l’anthropologie, l’histoire,
le politique. Akeel Bilgrami, lui, invoque le clash intérieur qui se produit
dans la conscience des musulmans modérés.

Une pensée religieuse en phase avec les besoins de la société
marocaine, et donc réformiste, n’existe toujours pas. Le problème
reste donc entier.