Chroniques

Il y a moins d’un mois nous avions évoqué, ici même, le passage à l’heure d’été en relevant son caractère à la fois furieusement temporaire et intempestivement temporel. Notre perception du temps, déjà, culturellement parlant, de par trop approximative, voilà que l’administration s’en mêle pour la rendre plus versatile. Ramadan oblige, l’heure d’été n’aura duré que le temps que ce mois sacré et sucré s’annonce.

Le spectateur lambda constate que pratiquement tous les dossiers sont renvoyés à une date ultérieure, plus ou moins proche ; et il s’en offusque, ne comprend pas, incrimine les juges, les avocats, la justice, sans connaître les raisons des renvois prononcés. Il faut savoir en effet que la notion de temps est différente selon que l’on soit magistrat ou plaideur.

Notre vie au quotidien est remplie de mythes et s’en nourrit. Mais si notre culture et nos coutumes sont fondées sur la notion de l’interdit, elles aussi se nourrissent de mythes et s’abreuvent à la source de croyances diverses.

La fréquentation d’un tribunal correctionnel est fortement conseillée aux futurs juristes, qui constateront de visu que l’application du droit n’est pas aussi théorique qu’elle paraît dans les manuels de la faculté !

Comme les mythes, les rites qui en constituent parfois la représentation ou l’expression sont transmis à travers les générations par la mémoire, l’oralité et la tradition.

Quiconque fréquente les prétoires de tribunaux constate que la gent féminine est fort présente. On trouve des femmes occupant la fonction de «présidente de chambre», de «conseillère près la Cour d’appel», ou, même si c’est encore assez rare, présidente de tribunal. Seulement voilà, on constate une quasi-absence des femmes dans les Cours d’assises ou dans les tribunaux traitant d’affaires pénales.

c’est dire l’extension extraordinaire et abusive de «l’image de soi» en moins de trente ans. une image devenue tellement banalisée et multipliée à l’infini jusqu’à une vertigineuse ivresse narcissique qui a remplacé le cogito cartésien, «je pense donc je suis», par celui du tout-venant: «je fais un selfie donc j’existe».

Un procès pénal est en fait comme une représentation théâtrale avec son décor, ses acteurs et son ambiance particulière. Du reste, le commun des mortels ne s’y trompe pas. On peut ainsi constater une grande affluence devant les tribunaux, le jour ou pareils procès ont lieu. La comparaison avec le théâtre n’est pas fortuite à plusieurs titres.

Monde d’hier ou monde d’aujourd’hui, sommes-nous condamnés à inventer tous les jours des légendes pour réchauffer nos âmes faussement mystiques ?

Des avocats que l’on change, les nouveaux ne sont pas toujours au courant de l’ensemble des faits d’un dossier, des procureurs suivant leurs carrières, et les transferts qui vont avec, idem pour les magistrats et les directeurs de prisons…

Une question de temps

depuis le temps que cette heure d’été a été instaurée, on pensait que ce changement saisonnier allait être admis et intégré par l’horloge interne et collective d’une large partie de la population. c’est compter sans la résistance au changement, quel qu’il soit, et le refus de toute nouvelle «tradition» autre que celles, déjà bien nombreuses, qui ont forgé l’imaginaire des gens et leur rapport au temps.

Durant un procès, fut appelée à la barre une vieille dame, dont le témoignage était important. Passées les formalités d’usage, le président entreprit de l’interroger sur ce qu’elle savait de l’affaire objet du procès. Elle s’exécuta, parlant lentement, ponctuant ses déclarations par l’expression, «mon fils», couramment utilisée en dialecte marocain, lorsqu’on s’adresse à plus jeune que soi.