Chroniques

Le premier prévenu, le plus jeune vient d’avoir son Bac; le second et le troisième sont étudiants, en ecole de commerce pour l’un…et en droit pour l’autre. Ils ne sont pas qu’étudiants, tout simplement : ils figurent tous les trois parmi l’élite estudiantine, majors de leurs promotions, et Bac avec mention. Le président de l’audience est perplexe.

Et me voilà, seul et désargenté à l’orée des années 80, besognant dans un métier étrange et nouveau pour moi – le journalisme- en attendant la vie. Mon horizon était une ligne floue sous un ciel sans étoiles et sans réponses. Et soudain, une étoile filante est tombée comme un signe. Un signe de quoi ? Je ne savais pas.

Dans mes souvenirs, «le temps marocain» de la fin des années 70 avait un goût de poussière, de sable, de plomb et d’encre sèche.

Pour l’instant, ils sont une demi-douzaine, revêtus de leurs robes d’audience, qui terminent leur stage de juges. On les aperçoit, assis, derrière le président qui dirige l’audience du jour. Deux obligations impératives: ne proférer aucun mot, et ne prendre aucune note. Ils sont là pour observer comment se déroule une audience.

l’ivresse partagée crée parfois des liens mystérieux entre ces naufragés d’un même bateau ivre qui voguait à vue sous une chape de plomb.

Le magistrat a compris qu’une peine de prison ne résoudrait pas les problèmes psychiques dont souffre le prévenu, que sa remise en liberté risque de le voir récidiver dans ses actes irréfléchis ou causer des dommages autrement plus graves. Alors, il attend de se baser sur une expertise scientifique, avant d’ordonner un éventuel placement d’office dans un centre spécialisé

Durant l’été, les délits mineurs se multiplient : l’ambiance estivale favorisant le relâchement, on constate une recrudescence des vols divers (à l’arraché, dans les coffres de voitures, dans les maisons désertées), qui ne sont pas spécialement le fait de délinquants aguerris, mais de simples quidams ayant souvent succombé à une tentation ou une pulsion.

De quoi est faite la vie d’un homme ? De son identité ? Et de quoi est faite son identité ? Pas seulement d’une date et d’un lieu de naissance inscrits sur ses papiers officiels. Elle participe de ce vaste territoire de la mémoire riche de sédimentations composites où se bousculent des souvenirs qui s’y disputent la moindre parcelle.

après être passé haut la main, mais le cœur lourd, au concours des instituteurs et à celui des infirmiers, une franche discussion avec mon père me dissuada, au grand dam de ma mère, d’aller faire l’école aux gosses ou leur planter des piqûres aux fesses.

de retour de la mosquée, les jeunes prévenus ont vu une porte d’un appartement entrouverte, sont entrés dans les lieux, puis ont chapardé de menus objets (une lampe électrique, une casserole, deux cendriers et autres bricoles), avant de se faire intercepter par un voisin peu commode.

En remontant ce temps mémoriel, j’ai parfois cette étrange et troublante sensation que le passé n’est que fiction. Non que ma mémoire inventerait des faits et des souvenirs, mais parce que je n’arrive pas à m’imaginer la réalité de tel épisode, à croire en la véracité de tel fait ou à la précision de tel souvenir lointain, ni encore aux agissements de telle personne rencontrée auparavant.

ce qui semble intéressant, c’est de constater comment, à partir d’un même document de base, les avis vont diverger et se télescoper. Ce document, c’est le fameux procès-verbal de la police, qui servira de fil conducteur durant les débats.