Posts From Najib Rfaif

Arrivée à Mirabelle, l’aéroport de Montréal, en fin de matinée après une escale d’une heure environ à New York. Cette escale, passée dans l’avion pendant que des employés de l’aéroport JFK nettoyaient après la descente de certains passagers arrivés à leur destination, m’a laissé songeur.

Depuis mon tout premier voyage à l’étranger, à l’âge de 20 ans, en Allemagne (à la faveur du «tarif-jeunes» en train et ce jusqu’à Lyon en France, après une traversée homérique de l’Espagne des années 70, c’est-à-dire celle corsetée de Franco qui valait bien la nôtre à l’époque), je n’avais comme périple à mon compte que la traversée du fleuve Bouregreg, venant de Fès pour étudier à Rabat.

Dans l’écriture au quotidien comment résister à cette ambition, qu’entretient secrètement tout «écrivant» professionnel au long cours, de passer de l’article au texte littéraire ? Le journaliste écrit, contraint et forcé, pour les autres alors que l’écrivain, inspiré ou bloqué, écrit pour lui.

«Un choix de carrière est souvent un aveu autobiographique», a dit quelqu’un dans je ne sais quel livre, ni quelles circonstances, mais que je cite  de mémoire.

Comme dans le début d’une triste chanson de Nass El Ghiwane, «Khayyi mate lbareh, welyoum jate khbarou» (Mon frère est mort hier et c’est aujourd’hui que la nouvelle nous est parvenue), j’ai appris la triste nouvelle du décès de Mon ami Ahmed Bouânani en ce dimanche du mois de février de l’année 2011 dans un glacial et bref texto envoyé par je sais plus qui : «Bouânani est décédé hier».

je rêvais. un jour j’avais écrit cette note naïve perdue et retrouvée dans un petit carnet tout écorné aujourd’hui, et je demande pardon de me citer, mais ce n’est pas grand-chose:«mettre de la poésie en toute chose ; et faire d’un fait divers une belle prose. non, ce n’est ni du baudelaire, ni du verlaine. elles ne sont que de moi ces lignes vaines…»

Comment lire un poème de khaïr-eddine sans se sentir entraîné vers les chemins escarpés du dictionnaire d’où il extirpe des mots cadavériques pour faire naître d’impétueuses métaphores?

Dans chaque mémoire, il y a des trous parfois béants qui engloutissent nombre de nos souvenirs. Le passé se présente alors telle une forêt touffue où des clairières verdoyantes et giboyeuses dessinent en mosaïque ces territoires de l’oubli.

il est difficile de remonter ce temps de la presse de chez nous sans penser aux figures qui l’ont façonnée, j’allais dire, «à leur façon», comme on dit d’un bon plat préparé qui révèle à la première bouchée le tempérament de son cuisinier…

Nous étions tous plus ou moins amis, liés par les choses de la culture, liens qui se confondaient souvent avec les choses de la politique. Journalistes engagés ou non dans des partis, artistes en mal d’espaces pour s’exprimer, poètes et écrivains en quête d’éditeurs…

j’ai compris que le seul moyen de s’informer et d’anticiper les activités culturelles futures, c’est encore de se lier d’amitié avec les artistes.

«J’aime la règle qui corrige l’émotion», disait le peintre Braque. Peut-on parler de règles d’écriture lorsqu’on est dans l’évocation du passé comme c’est le cas ici depuis le début ? Si oui, de quel genre d’écriture s’agit-il donc? Est-ce le récit de quelques tranches de vie ? Une semi-autobiographie professionnelle d’un journaliste qui se souvient? Une invention de soi à prétention littéraire ou un faux roman d’une histoire vraie?