Posts From Najib Rfaif

D’autres réformes, réformettes, sauts d’humeur politiques et autres aberrations pédagogiques ont fini par abrutir pas moins de deux générations tout au long d’un demi-siècle. On en paie encore le prix aujourd’hui.

Et me voilà, seul et désargenté à l’orée des années 80, besognant dans un métier étrange et nouveau pour moi – le journalisme- en attendant la vie. Mon horizon était une ligne floue sous un ciel sans étoiles et sans réponses. Et soudain, une étoile filante est tombée comme un signe. Un signe de quoi ? Je ne savais pas.

Dans mes souvenirs, «le temps marocain» de la fin des années 70 avait un goût de poussière, de sable, de plomb et d’encre sèche.

l’ivresse partagée crée parfois des liens mystérieux entre ces naufragés d’un même bateau ivre qui voguait à vue sous une chape de plomb.

De quoi est faite la vie d’un homme ? De son identité ? Et de quoi est faite son identité ? Pas seulement d’une date et d’un lieu de naissance inscrits sur ses papiers officiels. Elle participe de ce vaste territoire de la mémoire riche de sédimentations composites où se bousculent des souvenirs qui s’y disputent la moindre parcelle.

après être passé haut la main, mais le cœur lourd, au concours des instituteurs et à celui des infirmiers, une franche discussion avec mon père me dissuada, au grand dam de ma mère, d’aller faire l’école aux gosses ou leur planter des piqûres aux fesses.

En remontant ce temps mémoriel, j’ai parfois cette étrange et troublante sensation que le passé n’est que fiction. Non que ma mémoire inventerait des faits et des souvenirs, mais parce que je n’arrive pas à m’imaginer la réalité de tel épisode, à croire en la véracité de tel fait ou à la précision de tel souvenir lointain, ni encore aux agissements de telle personne rencontrée auparavant.

Chercher inlassablement la face cachée d’un monde perdu. Telle est l’ambition entêtée de ceux qui fouillent dans le passé pour y relever les traces de ce qu’ils sont aujourd’hui devenus.

en ces temps troubles et tumultueux, tout bachelier frais émoulu était, généralement, un militant politique potentiel, un détenu en puissance ou un futur «raflé». le reste était quasiment en liberté provisoire.

Oui, la dernière fontaine est un océan. Mais Rabat tourne le dos à cette vaste fontaine. Et lorsque le vague à l’âme persiste pour ce jeune étudiant boursier né dans une ville sans littoral, il continue malgré tout sa promenade non sans peine par ce jour sans pain.

Heureux les conteurs qui peuvent commencer par leur incipit magique, «il était une fois», et puis laisser la suite venir. Heureux donc ces porteurs de mots qui les sèment à tout vent et au tout-venant; ceux-là mêmes qui distribuent des contes et tissent des histoires à dormir debout et aussi celles qui hantent le sommeil.

C’était une rue calme jalonnée de quelques arbres qui ne perdaient jamais leurs feuilles vertes. Je n’ai jamais pu trouver le nom de cet arbre. Pour cela, il fallait prendre une photo et espérer dénicher dans une encyclopédie spécialisée un arbre qui lui ressemblerait.