Peut-on encore gagner de l’argent avec les introductions en Bourse ?
21 décembre 2011
Lavieeco (24242 articles)
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Peut-on encore gagner de l’argent avec les introductions en Bourse ?

Le cours de Jet Alu Maroc et Stroc Industrie s’est inscrit en baisse dès la première cotation. Pour les professionnels, c’est une question de timing d’introduction
et de niveau de valorisation.

Etonnant ! Alors que l’année boursière s’achève sur une performance négative et des volumes en diminution, une conjoncture peu favorable à l’entrée en Bourse, le marché connaîtra, vendredi 16 décembre, le démarrage de sa quatrième introduction de l’année, alors que 2010, année pendant laquelle le Masi avait progressé de 21%, n’avait connu que deux inscriptions à la cote. Cela ne veut pas dire pour autant que ces introductions constituent une opportunité. C’est même le contraire…
«Inquiétant !», s’exclame un professionnel par rapport à la contre-performance réalisée, par exemple, par Jet Alu Maroc lors de sa première séance de cotation, vendredi 9 décembre. En effet, à la clôture, le titre avait réalisé une baisse de 9,71% pour voir son cours chuter à 260 DH (contre 288 DH comme prix d’introduction). Le titre a ensuite entamé la séance du lundi 12 décembre sur une baisse de plus de 4% avant de rebondir brusquement à la clôture (+5,4%). Qu’est-ce qui explique cette évolution ? Est-elle propre à la société Jet Alu ? Il faut croire que non car Stroc Industrie, première introduction de 2011, a connu le même sort. Après une petite hausse lors de la première séance de cotation, son cours a perdu près de 10% en une semaine.
Ces constats induisent des interrogations : Est-il profitable d’aller en bourse pour les petites capitalisations ? Quels secteurs d’activité ne pas rater et quels sont ceux à éviter ? Faut-il éviter de participer aux introductions quand le marché est baissier ? Et plus généralement, peut-on encore gagner de l’argent lors des introductions en bourse, comme ce fut le cas en 2006 et 2007 ?
Il est difficile de donner une réponse binaire à cette dernière question. Toutefois, de l’avis des professionnels, on peut toujours réaliser une légère plus-value immédiate lors d’une opération d’introduction en bourse, si la demande est supérieure à l’offre après la première cotation. Mais attention, prévient-on, les 30 ou 40% de hausse au cours des premières séances sont à oublier. «C’est tout simplement un constat qui porte sur les quelques grosses opérations qui ont eu lieu pendant les années euphoriques, au cours desquelles nous avons assisté à un engouement assez impressionnant. Aujourd’hui, les choses deviennent plus rationnelles», note un professionnel. En effet, la logique veut qu’une valeur nouvellement admise à la cote réalise une hausse de 10% à 15% durant les premières séances, pas plus : un niveau qui correspond en fait à la décote offerte aux souscripteurs lors des opérations d’introduction. Cette progression résulte généralement de la demande des grands investisseurs exprimée après la cotation pour atteindre leurs objectifs d’allocation, surtout si le taux d’attribution des actions est faible. Or, ce n’est pas ce qui s’est passé lors des deux dernières opérations. Même avec des niveaux de décote atteignant 20% et un appétit habituellement connu des institutionnels pour le papier frais, les cours de Stroc et Jet Alu ont baissé.

Les quatre éléments du succès d’une IPO

Il faut dire qu’il y a plusieurs éléments qui déterminent le succès d’une introduction en bourse en matière d’évolution du cours. Le premier est le choix du bon timing. Les acteurs du marché s’accordent à dire que 2011 n’est pas une bonne année pour s’inscrire à la cote. Le contexte global est de fait toujours morose, le marché manque toujours de visibilité et cela se traduit sur la tendance globale des cours. Les tensions géopolitiques dans la région Mena et la crise de la dette en Europe plombent également le psychique des investisseurs.
Le second aspect a trait à la valorisation des sociétés qui s’introduisent. Les banques d’affaires qui évaluent ces entreprises laissent-elles aux souscripteurs suffisamment de marge pour gagner un peu d’argent ? Pas vraiment, disent certains professionnels qui s’expriment anonymement. «Lorsqu’on s’introduit en bourse lors d’une année baissière, il faut au moins savoir bien vendre ses titres sur le marché. En d’autres termes, chercher à s’introduire avec un multiple de bénéfice intéressant», estime un analyste.
Aujourd’hui, avec un PER (prix de l’action rapporté au bénéfice par action) de plus de 16, le marché casablancais reste relativement cher par rapport à des marchés comparables qui s’affichent globalement à moins de 11 fois les bénéfices. Or, pour qu’une action nouvellement introduite puisse évoluer favorablement, on estime auprès de certaines sociétés de bourse que son PER ne doit pas être au même niveau du marché, à l’instar de Jet Alu et Stroc Industrie dont les multiples de bénéfice avoisinent les 14 fois. «Pour que les petits porteurs puissent réaliser des gains, il faut leur offrir des valeurs pas chères avec un PER de 7 ou 8 fois les bénéfices, pas plus», estime un analyste.  
Troisième facteur qui fait le succès d’une introduction : la taille de la société ainsi que le montant levé sur le marché. Les institutionnels, en particulier, regardent de très près cet aspect, étant donné leurs besoins en termes de placement et leurs contraintes en matière de liquidité. Selon les professionnels, ces derniers sont en demandeurs de papier. Ils sont surexposés sur les grosses capitalisations traditionnelles et veulent se positionner sur de nouvelles lignes à condition qu’elles soient significatives (des montants levés de plus d’un milliard de DH).
Or, les opérations de cette année sont de taille petite ou moyenne : un montant levé de 235 MDH pour Jet Alu est de seulement 26 MDH pour Afrique Industries. Ce qui n’intéresse pas trop cette catégorie d’investisseurs, même si elle participe aux souscriptions pour des raisons de diversification. Cette situation laisse les petits porteurs sans contrepartie significative à l’achat lors des premières séances de cotation, ce qui oriente les cours à la baisse.
Enfin, le quatrième facteur est celui de la nature d’activité de la société qui s’introduit. Il va sans dire que le succès rencontré par Addoha et CGI lors de leur admission à la cote n’était pas uniquement dû à la tendance haussière du marché à l’époque et à leur niveau de valorisation. La CGI avait même une valeur jugée chère à son introduction. De fait, l’appartenance de ces deux groupes au secteur de l’immobilier et la renommée dont ils jouissaient lors d’une période marquée par le développement de l’immobilier ont fortement contribué à l’engouement des investisseurs.
De manière générale, les sociétés exerçant des activités orientées vers le consommateur comme l’immobilier, les assurances ou la grande distribution suscitent plus d’intérêt lors des introductions en bourse que celles exerçant des métiers orientés vers les entreprises comme l’intégration informatique ou les installations industrielles. Et il n’y a qu’à voir le nombre de souscripteurs qui participent aux différentes opérations et le nombre de fois que la demande de titres dépasse l’offre pour s’en convaincre.
Pour résumer, ont peut dire que ce qui favorise l’orientation à la hausse des cours des sociétés nouvellement introduites est une taille suffisamment importante, un secteur d’activité connu du grand public et dont les perspectives sont prometteuses, une valorisation correcte et un timing d’introduction qui coïncide avec une phase haussière du marché.

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