Bourse : sur quoi se baser, l’analyse  fondamentale ou graphique ?
20 février 2009
Reda Harmak (1115 articles)
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Bourse : sur quoi se baser, l’analyse fondamentale ou graphique ?

Contradiction : marché boursier à  fort potentiel, selon l’analyse fondamentale, baisse jusqu’à  47% d’ici fin 2010, d’après l’analyse graphique.
L’approche fondamentale est à  privilégier pour
le moyen et le long terme.
L’analyse graphique pour le choix du timing, celle économique pour le choix des valeurs.

Mars 2007. Fort d’une succession d’effets d’annonce, le raffineur coté à la Bourse de Casablanca, Samir, s’octroie les faveurs des analystes financiers. Ces derniers, séduits par les fondamentaux du titre, le recommandent unanimement à l’achat avec un cours cible de 1 800 DH. Un peu moins de deux ans plus tard, la conjoncture aura démenti leurs prédictions. En date du lundi 16 févier 2009, l’action Samir cotait 644 DH. Depuis l’émission de la recommandation à l’achat, la valeur n’aura en fait jamais pu dépasser la barre des 1 000 DH. Triste pour certains investisseurs… Mais ce n’est pas faute d’avoir été averti. Le même mars 2007, s’appuyant sur la psychologie du marché qui ressort des graphiques d’évolution des cours, les tenants de l’analyse technique contredisaient les recommandations à l’achat et appelaient tout au contraire à liquider ses positions sur l’action Samir.
Quelques mois plus tard, en décembre 2007, les adeptes de cette approche frappaient encore plus fort en avertissant du retournement prochain du marché. S’inscrivant jusque-là à la hausse, le Masi devrait connaître, selon leurs prévisions, un retournement lorsqu’il atteindrait le plafond des 15 000 points. La prophétie se réalisera à 14 954 points le 13 mars 2008, date reconnue actuellement comme point de départ du cycle baissier qui plombe à ce jour le marché boursier. Pour longtemps, les signaux de baisse durable identifiés par les analystes techniques n’étaient interprétés dans le camp des fondamentalistes que comme une mauvaise passe pour le marché, la Bourse étant caractérisée après tout par «de bons fondamentaux».   
Aujourd’hui même, les deux camps, adeptes de l’analyse graphique et inconditionnels de l’approche fondamentale, n’ont toujours pas unifié leur discours. Pour les seconds, bien que la croissance de la capacité bénéficiaire des sociétés cotées connaisse un tassement au titre de 2008, le marché reste correctement valorisé et n’est plus dans une situation de cherté globale. De fait, son attractivité et son potentiel de croissance ne font aucun doute.

L’analyse technique déduit à quel moment la dynamique des prix va changer  
S’agissant des pronostics du camp technique (analyse graphique), Adnane Cherkaoui, responsable du département Analyse Technique à TPS Fin, fait savoir que «le Masi est actuellement capturé par le seuil des 9 400 points, mais s’il parvient à dépasser les 10 200 points, ce qui est en train de se négocier, on peut espérer le voir augmenter jusqu’à 10 600 points». Les effets d’anticipation des résultats annuels justifieraient en l’occurrence cette embellie. Pour autant, à plus long terme, c’est bien de baisse qu’il s’agira. Celle-ci ferait dégringoler le Masi jusqu’à 5 500 points (soit près de 47% de baisse par rapport à son niveau de 10 345 points observé le 16 mars) et devrait être consommée d’ici fin 2010.
C’est donc le règne de la divergence. «Les cas où les investisseurs sont confrontés à des avis contradictoires émis sur la base d’analyses techniques ou fondamentales ne manquent pas», soulève Kamal Bennani, directeur commercial d’Orange Asset Management. Pourquoi les deux méthodes ne s’accordent-elles pas ? Comment arbitrer entre leurs conclusions respectives ?   
Si elles divergent, c’est qu’à la base les deux approches adoptent des démarches différentes. «Elles préconisent des processus de décisions d’investissement bien distincts», résume Adnane Cherkaoui.
Les «fondamentalistes» s’attachent à connaître l’environnement économique et financier de l’entreprise, ses résultats financiers et ses perspectives futures. A cet effet, l’économie, le secteur, la santé financière de l’entreprise sont étudiés, de même que le chiffre d’affaires, les comptes de résultat et le bilan. L’objectif premier étant de déterminer la valeur intrinsèque du titre étudié.

Se contenter d’une seule démarche d’analyse est hasardeux
A l’inverse, pour l’analyste technique (graphique), toutes ces informations sont déjà prises en compte dans les valorisations du marché. «Elles n’aident en rien à prédire les cours», simplifie M. Cherkaoui. L’approche technique s’attache donc à étudier les marchés plutôt que l’économie ou l’entreprise. Ce faisant, elle accorde beaucoup plus d’importance à la dimension psychologique des investisseurs. De cette façon, elle cerne mieux les comportements des intervenants sur le marché ainsi que leur état d’esprit.
La prise en compte de cette part «irrationnelle» fait que l’analyse technique peut prétendre déduire à quel moment la dynamique des prix va changer à court terme.
Pour sa part, l’analyse fondamentale s’intéresse aux raisons qui pourraient expliquer l’évolution des cours. Plus concrètement, l’analyste qui s’y adonne est en mesure de faire des projections en fonction des informations financières de l’entreprise et de son secteur d’activité à moyen long terme.
Partant, les recommandations des analyses techniques et fondamentales s’adressent à des profils d’investisseurs différenciés, notamment en termes d’horizon de placement. «Il est clair que l’analyse fondamentale est parfaitement adaptée aux investisseurs institutionnels qui ont un horizon de placement à long terme, comme les compagnies d’assurance ou les caisses de retraite. A l’inverse, et sur un court terme, l’approche technique s’avère beaucoup plus efficace et adaptée aux profils d’investisseurs actifs», explicite Kamal Bennani.
Mais cela ne signifie pas pour autant que les deux outils sont contradictoires. Loin de là. «Nombreux sont les investisseurs qui associent les deux méthodologies», note en fait Adnane Cherkaoui. Certes, des puristes continuent à préconiser l’utilisation exclusive de l’une ou l’autre méthode.
Comme le cours est censé intégrer toute l’information, certains estiment en effet que l’analyse technique peut dispenser l’investisseur d’une étude approfondie des résultats de l’entreprise, autrement dit du recours à l’approche fondamentale. Or, ce faisant, l’investisseur n’a jamais la garantie d’un diagnostic fiable car il n’est pas en mesure de traiter l’ensemble des informations intervenant dans le processus de formation des prix. Entre autres, parce que son analyse n’est pas à l’abri d’évènements imprévisibles internes à l’entreprise (rachats, scandales…) ou externes (crise internationale) qui auront un impact sur le bénéfice.
A l’autre extrême, l’usage exclusif de la seule analyse fondamentale s’avère tout aussi hasardeux. «L’analyse fondamentale a un rayon d’action bien spécifique principalement parce que le marché a une vie indépendante de celle des entreprises. De fait et à court terme, cette approche n’est pas suffisamment efficiente», justifie Kamal Bennani. «La faiblesse principale de l’approche fondamentaliste réside dans le fait que la valeur intrinsèque d’une entreprise est difficilement calculable et manque de précision au vu des différentes méthodes d’évaluation utilisées», renchérit M. Cherkaoui.
Une démarche plus pragmatique consisterait dès lors à combiner les deux méthodes. En fait, c’est la nature même du marché qui impose cela. «De manière générale, à long terme, les marchés sont davantage guidés par les fondamentaux de l’économie, du secteur et de l’entreprise, alors qu’à court terme la composante psychologique est la plus importante», rappelle un analyste financier.
En ligne directe, la démarche proposée consiste à s’aider de l’analyse fondamentale pour se positionner au départ sur des valeurs qui offrent de bonnes perspectives, dans un secteur et une économie en croissance. Une sorte de premier tri.
Une fois les valeurs détectées, il s’agit de s’en remettre à l’analyse technique pour déterminer le timing d’achat ou de vente. Le quoi et le comment étant fixés, il ne reste plus qu’à déterminer le combien. A ce stade, c’est l’analyse fondamentale qui doit être utilisée, et, notamment, les outils de construction de porte- feuille qu’elle fournit. L’idée étant de moduler les pondérations des titres retenus afin d’optimiser le couple risque/ rendement du portefeuille.
Encore faut-il que les conditions optimales pour l’application des méthodes fondamentale et technique soient réunies. Pour la première, la nécessité est de disposer d’éléments comptables et historiques exploitables. La fiabilité et la fréquence des publications financières y contribuent. S’agissant de l’analyse technique, le besoin se manifeste au niveau des volumes de transaction. Celui-ci se doit d’être significatif. Des intervenants indépendants et un marché obéissant à une tendance (à la hausse ou à la baisse) sont également  des conditions qui doivent être remplies.

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