Aeromart Montreal : l’industrie aéronautique mondiale prend le virage du 4.0 !
21 avril 2017
Naoufel Darif (644 articles)
0 Commentaire
Partager

Aeromart Montreal : l’industrie aéronautique mondiale prend le virage du 4.0 !

Quelque 800 entreprises de 28 pays ont participé à l’évènement et plus de 11 000 rencontres B2B organisées. L’objectif de cette édition est d’aider les entreprises de toute taille du secteur aérospatial à faire face aux enjeux de la montée en cadence de la production d’avions dans les 20 prochaines années. Le Maroc se positionne comme base de sous-traitance pour le marché canadien.

L’Aeromart Montréal, forum d’affaires pour les industriels de l’aéronautique et du spatial, a tenu ses travaux du 4 au 6 avril dans la province du Québec. Un programme de rendez-vous individuels de qualité a été concocté pour la communauté des industriels pour leur permettre de repérer de nouvelles occasions d’affaires sur le plan commercial et technologique et d’établir des partenariats avec des clients et des partenaires clés de la chaîne mondiale d’approvisionnement, notamment des intégrateurs de 1er et 2e rang ainsi que de grands donneurs d’ordre, tels que Boeing, Airbus et Bombardier. Quelque 800 entreprises de 28 pays ont participé à l’évènement et plus de 11000 rendez-vous B2B enregistrés. Les travaux ont été marqués par l’organisation du Sommet chaîne mondiale d’approvisionnement (Global Supply Chain Summit) dont l’objectif est d’aider les entreprises de toute taille du secteur aérospatial à prendre le virage de l’Industrie 4.0, sujet d’extrême actualité dans l’aéronautique.

En effet, l’usine 4.0, grâce à son efficience, permettra de répondre aux enjeux de la montée en cadence de la production d’avions dans les 20 prochaines années. Ce concept est synonyme de connectivité pour l’ensemble des opérations réalisées au sein de l’unité industrielle. C’est une émanation de la révolution digitale qui touche de nombreux secteurs industriels. Après la mécanisation et l’électrification, les opérateurs de l’aéronautique sont actuellement dans une phase de montée en puissance et de déploiement de technologies innovantes (visseuses connectées, réalité augmentée, robots collaboratifs …). Selon les intervenants, l’usine 4.0 démarre dès la phase de montage des aéronefs. Au lieu de consulter les instructions dans de nombreux classeurs «papier», les opérateurs de l’usine 4.0 pourront les recevoir sur des tablettes ou des casques de réalité augmentée, grâce à la maquette numérique de l’avion et à une «contextualisation» qui permettra de fournir la bonne information au bon moment. Au sein de ces usines nouvelle génération, les opérations seront automatisées, comme la commande des pièces auprès de la supply chain en fonction de l’avancement réel de la production. Enfin, la connectivité permettra d’enregistrer les opérations qui sont réalisées tout au long du processus de fabrication pour permettre notamment un contrôle qualité automatisé et pouvoir corriger «à la source» tout défaut. Avec l’usine 4.0, l’on peut parler d’usine «étendue» parce qu’elle est connectée à l’ensemble des parties prenantes (supply chain, bureau d’étude, contrôle qualité…) en interne, mais également en lien avec l’écosystème des fournisseurs. L’usine 4.0 est également synonyme de temps réel et dans d’autres secteurs, comme l’automobile, certains concepts envisagent même de permettre au client final de suivre le processus de fabrication en temps réel !

L’automobile est un exemple pour la gestion des chaînes de production

Les technologies de l’usine 4.0 se répartissent en trois catégories : des technologies qui permettent de préparer des opérations pour s’assurer que l’usine dispose de l’ensemble des pièces et vis pour exécuter la tâche, des technologies qui englobent la RFID, le Pick to Light qui vont permettre à l’opérateur de prendre la bonne vis par rapport à l’étape qu’il doit effectuer; des opérations qui ont trait à la réalité augmentée ou réalité virtuelle afin de superposer sur l’ensemble de travail des guides et des instructions pour que le geste soit fait de manière correcte; des technologies adaptées aux contrôles par caméra avec analyse d’images, mais aussi des outils connectés, robots et cobots qui sont adaptés aussi bien à la partie opérations qu’à la partie contrôle. L’usine 4.0 permet de rendre les opérations plus efficientes du fait que les instructions y seront automatisées et les non-conformités seront suivies en temps réel.

Par ailleurs, certaines technologies permettront de soulager les opérateurs comme les robots collaboratifs (cobots) qui permettront au compagnon de soulever des charges lourdes, de travailler dans des zones difficiles d’accès ou d’effectuer des opérations répétitives de façon standardisée. L’objectif est de permettre aux opérateurs de générer le maximum de valeur ajoutée.

Selon les spécialistes, les rythmes ne sont pas aussi intenses que dans la production automobile, par exemple. Mais comme les cadences de production vont augmenter. L’aéronautique gagnera à s’en inspirer. Dans l’automobile, les chaînes sont progressives et les actions sont standardisées et découpées en actions élémentaires pour permettre un meilleur suivi. La minute ou la seconde sont les pas de temps de référence. A contrario, dans l’aéronautique, les opérateurs travaillent sur des stations fixes, ou «à poste» et doivent savoir gérer un grand niveau de customisation des produits sur lesquels ils travaillent. Par ailleurs, les tâches sont découpées de façon plus large: la journée étant le pas de temps de référence. L’enjeu, donc, pour les industriels de l’aéronautique est de transposer ces concepts issus de l’automobile pour gagner en productivité en tenant compte de leurs spécificités. L’exemple des visseuses connectées qui prennent peu à peu leur place dans l’usine 4.0 est éloquent en substance. Ces visseuses sont utilisées dans un grand nombre d’opérations. Avant chacune d’elles, l’opérateur doit connaître le couple de vissage à réaliser et vérifier que son outil est bien calibré. Les visseuses connectées permettent non seulement de connaître le bon couple de vissage au bon endroit, mais aussi d’enregistrer le couple réellement appliqué, ce qui a une grande valeur pour les suivis de conformité. En effet, les visseuses pourront envoyer une alarme qui ne permettra pas de passer à l’étape suivante. Les visseuses connectées permettent un gain de temps très important, sachant que plusieurs centaines de milliers d’opérations de vissage sont réalisées par année.

Maroc Export, chef d’orchestre de la délégation marocaine

Pour faire gagner les industriels marocains des retombées de ce rendez-vous, et assurer la visibilité de la plateforme marocaine, Maroc Export a mené la délégation du Maroc participante à cette grande messe de l’aéronautique. Selon son management, la participation marocaine intervient dans le cadre du plan d’accélération industrielle et fait suite au lancement des quatre premiers écosystèmes aéronautiques dans les filières de l’Assemblage, du Système électrique-câblage et harnais (EWIS), de l’Entretien-réparation & Révision (MRO) et de l’Ingénierie. L’établissement de promotion des exportations a accompagné, lors de ce rendez-vous, plusieurs entreprises et représentants des écosystèmes aéronautiques. De plus, les équipes de Maroc Export avec l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDI) et le Groupement des industries marocaines aéronautique et spatiales (Gimas) ont organisé une conférence pour la présentation de l’industrie aéronautique marocaine. «L’objectif de cette participation est de créer des partenariats stratégiques avec les acteurs clés des segments de l’avionique et d’aérostructures de l’industrie aéronautique aussi bien sur le continent européen qu’américain et de présenter le savoir-faire marocain auprès de plusieurs autres organisations» explique le management de Maroc Export. Cette présence à Aeromart Montréal devrait également permettre de positionner le pays comme base de sous-traitance pour le marché canadien. L’intérêt porté à ce genre de manifestation s’explique aussi par les prévisions favorables de l’aérospatial sur les 20 prochaines années. En effet, les avionneurs estiment qu’il faudra produire environ 35 000 avions durant cette période dont plus de 70% seront des monocouloirs type airbus A320neo, Boeing 737 Max ou Comac C919. Etant donné que les industriels ne pourront pas multiplier leurs usines, augmenter l’efficacité des usines existantes est un vrai enjeu. La demande mondiale en transport aérien progressera en moyenne de 4,7 % de 2015 à 2033 pour s’établir à 5,6 milliards de dollars américains. Les principaux acteurs de l’industrie mondiale sont Boeing (41%), Airbus (40 %), Embraer (5 %), ATR (5 %) et Bombardier (4 %).

Reste à souligner qu’après la participation marocaine à l’Aeromart Montréal, Maroc Export accompagnera les industriels aéronautiques nationaux à la “Feria Aeroespacial Mexico” au Mexique du 26 au 29 avril, à “Aeromart Nagoya” au Japon du 26 au 28 septembre, à “l’Aerospace meeting de Casablanca” les 18 et 19 octobre, et à “Aerospace and defense Meetings Turin” en Italie les 29 et 30 novembre prochain.

Commentaires

0 Commentaire Soyez le premier à donner votre avis

Commentez cet article

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *