Syndicats: où sont les femmes dans les instances dirigeantes?
23 April 2018
AFP
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Syndicats: où sont les femmes dans les instances dirigeantes?

Cinq grands syndicats, tous dirigés par des hommes. Les femmes peinent toujours à s'imposer dans les instances dirigeantes syndicales, un problème que certaines organisations tentent de régler, à coup de quotas par exemple.

Cinq grands syndicats, tous dirigés par des hommes. Les femmes peinent toujours à s'imposer dans les instances dirigeantes syndicales, un problème que certaines organisations tentent de régler, à coup de quotas par exemple.

Le 27 avril, après 14 ans à la tête de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly passera le relais à un nouveau secrétaire général, Pascal Pavageau. Le troisième syndicat a toujours été dirigé par des hommes, de même que la CGT ou la CFTC.

Si Jean-Claude Mailly reconnait qu'il n'y a pas "assez de femmes", son syndicat est opposé aux quotas et aux discriminations positives, contrairement à la CGT par exemple.

A la CFDT, qui réunit son prochain congrès en juin, élire une femme à la tête du syndicat n'est pas à l'ordre du jour non plus. Laurent Berger sera reconduit pour un nouveau mandat.

"C'est un problème", reconnaît Philippe Louis, président de la CFTC, qu'aucune femme ne dirige un grand syndicat. "Je ne sais pas si c'est le plafond de verre, mais même en ouvrant les postes au maximum, les femmes ne se présentent pas", assure le responsable du syndicat chrétien, qui compte 40% d'adhérentes. Il y a trois ans, lors du congrès de la CFTC, des militantes se sont insurgées contre l'absence de parité dans les instances dirigeantes: trois femmes avaient été élues au bureau confédéral, qui compte 14 membres, et dix au conseil confédéral sur 50 membres.

Des syndicats non représentatifs semblent plus ouverts: avec Bernadette Groison, à la tête de la FSU, ou le binôme mixte Cécile Gondard-Lalanne/Eric Beynel chez Solidaires, après Annick Coupé.

Côté grands syndicats (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC), seules deux femmes ont occupé les plus hautes fonctions: Nicole Notat (CFDT, de 1992 à 2002) et Carole Couvert (CFE-CGC, de 2013 à 2015).

"Si j'ai un conseil à donner aux femmes, c'est +Allez-y!+", dit Mme Couvert. Mais avant de se lancer dans cette "belle expérience", l'ex-présidente recommande d'"épaissir sa cuirasse" car en tant que femme, on "prend des coups".

- "Montrer les muscles" -

Lorsqu'elle annonce sa candidature, une campagne violente se déchaîne contre la "blonde qui ne pense pas", se souvient-elle. "C'était très dur". Une fois nommée, celle qui avait créé en 2004 à la CFE-CGC un "laboratoire d'idées" sur l'égalité professionnelle et la conciliation vie privée-vie publique, impose la présence d'une femme dans chaque trio dirigeant une Union régionale.

A la CGT, la parité est imposée depuis 1999 au bureau confédéral (cinq femmes et cinq hommes) et à la commission exécutive (25 femmes et 25 hommes), à la CFDT, la règle est de mise depuis 2014, mais seulement à la direction (cinq femmes sur 10 personnes).

Sophie Binet, cosecrétaire générale de la CGT cadres, invite à ne pas se focaliser sur les sommets des confédérations. Une femme à la tête d'un syndicat, "ça peut être l'arbre qui cache la forêt!". "La féminisation du haut doit s'appuyer sur une féminisation à tous les niveaux, sinon ça ne va pas tenir dans la durée", souligne-t-elle.

Un discours que reprend Rachel Silvera, maîtresse de conférence en économie à Nanterre: "On pourrait avoir cinq femmes à la tête des cinq organisations, qu'il n'y aurait pas égalité" femmes-hommes dans les syndicats. Les dirigeantes ne "portent pas forcément des idées progressistes" en termes d'égalité, ajoute la chercheuse.

Plus généralement, experts et syndicats citent plusieurs "freins" à l'accession des femmes aux postes à responsabilité, dont une "culture masculine du militantisme". "Le syndicaliste est encore perçu comme celui qui doit montrer ses muscles et doit renvoyer une image virile", relève Mme Silvera.

La "triple journée de travail" de la militante est aussi pointée: famille, travail et militantisme, ce qui entraîne un important turnover chez les femmes dirigeantes.

Enfin, les syndicats les plus puissants - dont sont souvent issus les dirigeants - restent des bastions très masculins (métallurgie, cheminots, sidérurgie...).