Aux Etats-Unis, les voitures étrangères ont ressuscité le sud-est rural
15 June 2017
AFP
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Aux Etats-Unis, les voitures étrangères ont ressuscité le sud-est rural

Tancés par Donald Trump au nom de "l'Amérique d'abord", les constructeurs automobiles étrangers ont pourtant relancé l'économie dans le sud-est rural mais leurs efforts sont menacés par les risques de guerre commerciale et la percée de la voiture autonome dans la Silicon Valley.

Tancés par Donald Trump au nom de "l'Amérique d'abord", les constructeurs automobiles étrangers ont pourtant relancé l'économie dans le sud-est rural mais leurs efforts sont menacés par les risques de guerre commerciale et la percée de la voiture autonome dans la Silicon Valley.

"Les vies ont été changées", affirme le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker, au sujet de Volkswagen, qui a commencé à produire en 2011 des voitures dans cet Etat, à Chattanooga, et y emploie plus de 3.200 personnes.

Dans l'Alabama, l'influence économique de Mercedes-Benz (Daimler), Honda, Hyundai-Kia et Toyota est sensible. Cafés et restaurants allemands et asiatiques font partie du décor dans cet Etat au coeur de la "Bible Belt", zone située au sud-est où se trouve la plus grande concentration de fidèles évangéliques et qui reste encore marquée par le racisme.

Veronica Curtis faisait partie des 700 premiers salariés au démarrage de la production américaine de Mercedes en 1997, cinq jours seulement après son accouchement.

"Je n'avais jamais travaillé dans l'automobile, je ne connaissais rien aux voitures", raconte-t-elle à l'AFP. Vingt ans plus tard, cette Afro-américaine dirige une équipe d'une soixantaine de personnes à l'usine du groupe allemand de Tuscaloosa.

"Mon mari voulait plus et moi aussi. Le message de Mercedes était: +si vous êtes assez bon, vous évoluerez+. Je n'ai cessé d'évoluer", poursuit-elle, disant avoir également découvert le monde (l'Inde, l'Afrique du sud et l'Europe) grâce aux formations dispensées par la marque à ses employés sur ses sites de production à travers le globe.

- Joker -

L'université d'Alabama a mis en place un cursus dévolu à l'automobile. La formation des ingénieurs y respecte un cahier des charges rédigé en fonction des besoins des constructeurs.

"Nous travaillons avec les écoles de l'Etat pour s'assurer qu'elles se coordonnent avec les constructeurs, les écoutent et leur fournissent des candidats dont le CV correspond à ce qu'elles recherchent", souligne Greg Canfield, le secrétaire au commerce de l'Etat.

Quasiment chaque groupe automobile étranger vendant des voitures sur le sol américain dispose d'une usine dans le sud-est. Avec les équipementiers, cette région comptait au total 279.620 salariés de l'automobile en 2015 selon le département du Travail, soit près d'un tiers des employés du secteur aux Etats-Unis.

Affectés par le déclin du charbon et du textile, le Kentucky, le Mississippi, le Tennessee, l'Alabama, la Caroline du Sud et la Géorgie ont lancé une offensive à la fin des années 80 pour séduire les groupes automobiles étrangers à coup de subventions publiques, d'abattements fiscaux et de dérèglementation.

Pour attirer Toyota, la gouverneure Martha Layne Collins du Kentucky avait à l'époque sorti un joker sous la forme d'une dotation financière, se remémore pour l'AFP Maryann Keller au cabinet éponyme. C'est son époux qui conseillait Toyota dans ces négociations.

La Caroline du Sud, elle, a modernisé les infrastructures de transport reliant la ville de Spartanburg au port de Charleston afin de satisfaire BMW, dont plus de la majorité de la production américaine est destinée à l'export.

"La priorité de ces entreprises, c'est d'évoluer dans un environnement favorable. Donc nous faisons en sorte d'avoir un taux d'imposition parmi les plus bas possibles", explique Greg Canfield.

- Pas de syndicat -

Le sud-est est en outre une région où les syndicats, jugés "néfastes" pour la prospérité par les responsables politiques, sont quasiment absents.

"Ils font augmenter les coûts de production au-dessus du niveau critique pour rivaliser avec l'étranger", accuse Phil Bryant, le gouverneur du Mississippi, reprenant à son compte un argument développé par des entreprises qui veulent, selon Michelle Krebs, analyste pour le site spécialisé Autotrader, "payer des salaires bas".

"Nous payons des salaires justes", se défend Jason Hoff, le patron de Mercedes-Benz US International.

En dépit de nombreux incidents liés à la sécurité chez des équipementiers, différentes tentatives de créer des syndicats au sein de constructeurs automobiles ont échoué.

A moyen terme, les menaces de Donald Trump d'imposer une taxe aux frontières pourraient déboucher sur un gel des investissements étrangers dans le sud-est, craignent les experts.

Ils font toutefois valoir que l'avenir de l'industrie automobile dans la région est davantage obscurci par le fait que les nouvelles usines de véhicules électriques sont construites dans l'ouest et les innovations technologiques ont lieu dans la Silicon Valley.

"Le sud ne joue pas de rôle important dans le développement des véhicules autonomes", observe Dennis Cuneo chez Fisher & Phillips LLP.

Tesla prévoit d'agrandir son usine californienne de Fremont, qui emploie actuellement 6.000 personnes, tandis que sa gigantesque usine de batteries est en cours de construction à Reno (ouest). Faraday Future entend produire son véhicule électrique près de Las Vegas et Lucid Motors va investir 700 millions de dollars dans la construction d'une usine de véhicules électriques dans l'Arizona (sud-ouest).